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Les glaces de l'Antarctique : retour vers le passé

28 June 2013 

Directeur de Recherche émérite au CNRS, Jean-Robert Petit s’est spécialisé dans l’étude des climats et des environnements passés à partir des carottes de glace des régions polaires. Il travaille aujourd’hui au Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement (LGGE), à Grenoble.

L'interview de Jean-Robert Petit

Quand avez-vous découvert l’Antarctique ?
Jean-Robert Petit : Je suis parti la première fois en 1972. C’était dans le cadre de mon service national et je m'occupais des enregistrements du magnétisme terrestre à la station de Dumont d'Urville en Terre adélie, au pole magnétique sud.
Là-bas, tout était nouveau tout était beau et grand : l’océan austral rageur, les baleines, les orques, la calotte de glace, les icebergs, les manchots, les oiseaux, les phoques, le vent, les conditions météo extrêmes...
J’ai hiverné à Dumont d’Urville entre 1972 et 1974. Une année formidable avec des collègues, et dans un site où les animaux marins sont très nombreux et si bien adaptés au milieu...
Mais en plein hiver, au mois de juillet, nous avons vécu un incendie. La nuit un bâtiment cuisine, séjour, bibliothèque a pris feu. Tous les livres ont brûlé. Nous n’avons rien pu faire.
Cependant, de tout cela je garde le souvenir d’un groupe d'homme se serrant les coudes, des images d'une faune variée si étonnante…
Puis j’ai eu un poste de glaciologue à partir de 1977.
 
Dans quelles conditions un glaciologue travaille-t-il au cœur de l’Antarctique ?
Vostok, station russe, est une base ancienne où les conditions de vie sont encore très spartiates. On y parle un mélange de russe, d’anglais, et de français. Le travail scientifique proprement dit y est très difficile, et limité aux opérations de forage dans la glace.
Concordia, base franco-italienne, est au contraire très moderne et très confortable. Le travail scientifique et les observations peuvent se faire dans d’excellentes conditions. Là, on parle français, italien et anglais
Les travaux de glaciologie ne sont réalisés qu’en été : en hiver, les conditions sont trop froides.
Lors de forages profonds, les équipes se relaient 24h/24. Les carottes sont extraites, repérées et découpées pour les différents laboratoires.
Parfois, un laboratoire est présent sur place. Il nous permet de réaliser des mesures plus ou moins complexes. Mais le gros des analyses est réalisées dans des laboratoires spécialisés : en Europe, mais aussi aux États-Unis en Russie ou au Japon.
On peut également profiter de traversées en tracteur pour réaliser des campagnes de prélèvements de neige, des puits de 3 à 5 m de profondeur ou même de petits forages d’une trentaine de mètres profondeur !

Vous devez prélever et analyser la neige et la glace. Quelles sont les précautions à prendre pour qu’elles ne soient pas contaminées par l’air ambiant et par notre propre corps ?
La glace est imperméable. On enlève donc la partie extérieure de la glace : on « épluche » la carotte de glace. L’intérieur est intact.
Pour la neige, qui est poreuse, nous devons nous équiper comme des chirurgiens pour faire les prélèvements et les analyses !
 
Combien de temps faut-il entre la sortie de la carotte de glace et son analyse ?
Actuellement, les premiers résultats sont connus 6 mois à un an environ après sortie de la carotte.
Mais ce n’est que trois à cinq ans plus tard que nous obtenons des analyses fines et des interprétations nouvelles en chimie, en biologie, etc...
La glace nous révèle le climat du passé, mais aussi la composition de l’atmosphère (piégée dans les bulles d'air) et même l’étendue des déserts, les éruptions volcaniques, l'activité solaire ou la pollution due à l'activité de l'homme.
On peut ainsi remonter à plus de 800 000 ans dans le passé.
 
Vos recherches pourraient-elles être effectuées ailleurs dans le monde ?
En général les glaciers racontent une histoire du climat plus ou moins longue. Ceux de l’Antarctique remontent à plus de 800 000 ans, et ceux du Groenland à plus de 100 000 ans.
En comparaison, les glaciers des Andes, Himalaya ne remontent qu’à 10 000 ans, et ceux du mont Blanc à 100 ans...
Il existe par ailleurs de nombreux laboratoires dans le monde qui s’intéressent à la glaciologie et la paléoclimatologie

Rencontre avec Jean-Robert Petit

Venez rencontrer Jean-Robert Petit au muséum, mardi 2 juillet 2013 à 19h.

Durée : 1h

Tout public / Entrée libre
Places limitées, réservation conseillée au 02.35.41.37.28

conférence - Jean-Robert Petit - climat - glace - Antarctique - glaciologie - lac Vostok

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