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Un daim de Mésopotamie arrive au Muséum !

21 February 2018 

Entre collections, daim et dépouillage, cet article traitera de sujets… disons… variés ! Et en exclusivité : les témoignages de Claire, notre taxidermiste, et de ses deux assistants occasionnels, Élise et Léo !

Il y a quelques semaines, le parc zoologique de Cerza a permis au Muséum d’enrichir ses collections d’un daim de Mésopotamie. C’est l’occasion de revenir sur la constitution des collections de taxidermies au Muséum, avec un petit rappel sur les constitutions de collections en musée et notamment au Havre. Puis, clin d’œil et témoignages sur des opérations du métier de taxidermiste : le dépouillage (pour la peau) et le désossage (pour les os).

La constitution des collections en musée

Très rapidement, précisons quelques éléments à retenir sur la constitution des collections des musées aujourd’hui.

Les musées sont des acteurs du patrimoine, ils ont pour mission de gérer et de préserver des collections : à savoir les acquérir, les entretenir, les conserver, tout en les rendant accessibles au plus grand nombre.

Ces collections ont généralement vocation à s’agrandir, à s’étoffer de nouveaux objets, et ce, par le biais d’acquisitions.

Mais qu’acquérir ?

Les musées ne peuvent tout acquérir (faute de moyen, de place ou parfois d’intérêt !) et ils ont donc, d’après André Gob et Noémie Drouguet, quelques principes à respecter : ils peuvent acquérir des objets à « préserver » (qui selon eux font partie du patrimoine national ou mondial), des objets pour « compléter une collection » (par rapport au projet du musée, pour conserver une cohérence) ou encore des objets pour « assurer la représentativité et la préservation du patrimoine local » (pour un muséum, on pense à la biodiversité locale, par exemple).

Comment peuvent-ils acquérir ces œuvres ?

Toujours d’après André Gob et Noémie Drouguet, les conservateurs peuvent soit acheter des œuvres via le marché de l’art, soit collecter des œuvres directement sur le terrain (grâce à des fouilles ou des explorations), soit recevoir des dons (de particuliers ou via du mécénat d’entreprises). Les musées peuvent également recevoir des prêts de collectionneurs privés ou d’autres institutions, mais il ne s'agit plus alors d'acquisitions.

Une fois ces collections acquises, elles entrent dans les collections publiques et sont alors inaliénables : c’est-à-dire que les institutions ne peuvent pas s’en défaire ou les revendre.  Ainsi, les objets de musées sont protégés et ne peuvent être déclassés que suite à une procédure assez compliquée, soumise à de nombreux contrôles.

Le cas du Muséum du Havre

Ci-dessus, une vidéo de présentation de l'histoire du Muséum, que vous pouvez aussi retrouver ici !

Au début du XIXe siècle, Charles-Alexandre Lesueur donna à la ville du Havre ses collections naturalistes (dont il ne reste plus rien aujourd’hui). C’est ce don qui amena la ville à fonder son Muséum d’histoire naturelle et à y nommer Lesueur en tant que premier directeur. La deuxième moitié du XIXe siècle vit les collections du Muséum s’enrichir de nouveaux dons de marchands-voyageurs.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une partie des collections précieuses du Muséum a été mise à l’abri, mais, avec les bombardements de 1944, tout ce qui était resté au musée fut détruit.

Lors des décennies suivantes, le conservateur entreprît de reconstituer les collections en faisant appel à la générosité des populations et des institutions. De nombreux collectionneurs privés et scientifiques envoyèrent alors des spécimens.

Petit à petit, les collections se sont reconstituées et aujourd’hui, le muséum abrite plus de 200 000 objets : allant des collections Lesueur (pas ses collections naturalistes, mais ses dessins acquis plus tard), aux collections d’archéologie, d’ethnologie, de paléontologie, de minéralogie, de pétrologie et enfin, de zoologie. C’est dans cette dernière que l’on trouvera les taxidermies et c’est sur ce point que nous souhaitions apporter des précisions dans cet article.

D’où proviennent les taxidermies du Muséum ?

Les collections de taxidermies sont une des particularités des muséums. Le Muséum d’histoire naturelle du Havre en compte près de 1700 : allant de la petite musaraigne, à la grande girafe (article à venir !) ou au gros rhinocéros (juste en-dessous) !

Concernant ce type de collections, il existe quelques particularités pour les acquisitions. Un précédant article de blog évoquait déjà ces particularités mais, comme il remonte à quelques années, un petit rappel ne peut pas faire de mal !

Pour accroître ses collections en taxidermie, le Muséum du Havre reçoit des animaux morts naturellement, qui ne proviennent pas de la chasse mais de parcs zoologiques partenaires. Les spécimens reçus sont ensuite naturalisés par les soins de notre taxidermiste.

Citons quelques partenaires du Muséum : l’aquarium Océanopolis de Brest, l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), la serre zoologique Biotropica ou encore le parc zoologique de Lisieux Cerza. Chaque arrivée d’un nouveau spécimen est consignée dans un registre afin d’éviter les fraudes. En effet, bien souvent, les espèces qui entrent au Muséum sont des espèces protégées. D’autres taxidermies peuvent également provenir de particuliers ou d’achat, mais c’est assez rare.

Pour en savoir plus, consultez l’article suivant : Chouette des petits nouveaux à plumes !

Nous profitons donc de cet article pour vous présenter un autre petit nouveau : un daim de Mésopotamie provenant du parc zoologique de Cerza.

La daim de Mésopotamie

Ci-dessus (mais aussi ci-tout-là-haut et ci-dessous !), le daim de Mésopotamie du parc zoologique de Cerza

Tout d’abord, pourquoi avons-nous souhaité intégrer ce daim dans nos collections ?

Le Muséum n’avait pas encore cette espèce dans ses collections et d'après Claire, notre taxidermiste, il s’agit d’un « beau spécimen avec de beaux bois et un beau poil », ce qui permet de réaliser la naturalisation. Par ailleurs, le Cerza nous précise « qu’il ne reste à l’état sauvage que très peu de daims de Mésopotamie, qui survivent dans une seule région, au sud-est de l’Iran, la province du Khuzestân. Cet animal, autrefois courant, a pratiquement disparu à cause de la désertification de son milieu de vie, l’avancée des terres agricoles et la chasse. Un programme d’élevage a toutefois été lancé par les parcs zoologiques afin de préserver cette espèce en grand danger d’extinction. » En effet, cet animal est classé « Endangered » (En danger) sur la liste rouge de l’IUCN (International Union for Conservation of Nature : Union internationale pour la conservation de la nature).

Le daim de Mésopotamie ou daim de Perse (Dama mesopotamica) est plus grand que le daim d’Europe, avec de légères différences dans la couleur du manteau et une structure distincte des bois.

Il se nourrit de feuilles et de bourgeons et il est principalement crépusculaire et nocturne, vivant en petits groupes ou en solitaire.

Expédition taxidermique !

Une équipe du Muséum constituée de notre taxidermiste, Claire (à droite), et de deux agents du Muséum, Élise (à gauche) et Léo, s’est donc rendue au Cerza afin de récupérer la peau et le squelette de l’animal. Ceci permettra de produire une taxidermie et de faire remonter le squelette par un ostéologiste. C’est l’occasion de vous présenter rapidement les étapes du dépouillage et du désossage dont nous ne vous avons pas encore parlé dans nos précédents articles.

Claire

Notre taxidermiste Claire nous raconte le déroulement de leur journée : « Nous sommes partis pour le parc zoologique de Cerza près de Lisieux ce mercredi matin. La vétérinaire nous a avertis qu’un daim de Mésopotamie était mort le dimanche. On réagit généralement assez vite quand on reçoit le message : le but étant d’éviter que l’animal ne se dégrade. Étant donné l’époque et le froid, la dépouille n’a pas souffert. »

Nous avons pu également lui poser quelques questions supplémentaires :

Avais-tu déjà dépouillé un daim ?

Je n’avais encore jamais dépouillé de daim, mais j’avais déjà fait des chevreuils et autres cervidés. C’est un dépouillage classique et pas compliqué. C’était parfait pour Léo et Élise qui débutaient ;)

Pourrais-tu nous présenter ces étapes de ton travail ?

Après la prise de photos, de croquis et des mensurations de l’animal, on commence le dépouillage. On prélève la peau en suivant les lignes d’incisions : du menton au bas du ventre et à l’arrière de chaque pattes. C’est une étape où la minutie et la concentration sont de mises ! Quand on veut garder le squelette de l’animal, on doit le désosser et enlever le maximum de viande autour des os sans les abimer. Ce sont des étapes où il faut avoir le cœur bien accroché car les odeurs sont souvent tenaces ! Étapes cruciales qu’on ne doit pas négliger pour avoir ensuite une belle peau sans trous avec un tannage qui n’en sera que plus réussi.

Pour conclure, Claire ajoute : « une expédition bien menée grâce à mes stagiaires du tonnerre :-) ! »

Élise et Léo

Enchaînons donc avec les impressions de ces « stagiaires du tonnerre » !

Vous travaillez tous les deux au Muséum depuis quelques mois, quel est votre poste et comment êtes-vous arrivés là ?

Élise : « Je suis en service civique au Muséum où j'occupe un poste d'agent d'acueil et de médiation. J’ai choisi le Muséum pour effectuer un service civique car c’est le type d’établissement qui regroupe tout ce que j’aime : l’art, les muséums, la science et les animaux ! Combo gagnant ! »

Léo : « Je suis agent de récolement au Muséum et je participe au projet des nouvelles réserves. J’ai postulé pour cette offre dans la mesure où elle correspond tout à fait à mon parcours (École du Louvre, spécialisé en conservation préventive) et dans la mesure où je suis passionné par les sciences, le monde animal et végétal ! »

Vous vous êtes portés volontaires pour cette mission assez particulière, qu’en avez-vous pensé ?

Élise : « Quand j’ai débuté mon service civique, je souhaitais vivement découvrir le travail d’une taxidermiste et ses différentes techniques. C’est un métier auquel j’ai déjà pensé et le service civique me donne l’opportunité de découvrir cet aspect du Muséum. La chance s’est présentée de participer à ce dépeçage du daim et j’en ai profité. J’avais déjà pu voir des dépeçages de lapins dans ma famille et y participer dans un contexte scientifique, avec un animal plus impressionnant, m’intéressait vivement. J’ai adoré prendre part à cette expérience où tout m’a intéressée et je le referai volontiers ! Et je suis aussi très intéressée pour découvrir les autres étapes de la naturalisation d’un animal. »

Léo : « C’était une expérience très intéressante. Je trouve l’opération qui consiste à retirer la peau  assez satisfaisante, et voir comment est assemblé l’intérieur d’un animal est particulièrement fascinant : les os, les articulations, les tendons... C’est cet aspect chirurgical et anatomique qui m’a vraiment plu ! Je vais tout de même mentionner un aspect négatif, qui n’a pas eu l’air de vraiment déranger Élise : l’odeur... Je la qualifierai d’assez « hostile » ! »

Ils nous précisent également quelques détails de l’opération :

  • Tout d’abord, prises de photos de l’animal « intact » afin d’avoir un support visuel pour aider à la naturalisation.

15002000Une oreille du daimUne oreille du daimZoom http://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition/public/multimedia/img_3019_1.jpg?itok=TkwKSl15
15002000Le museau du daimLe museau du daimZoom http://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition/public/multimedia/img_3023.jpg?itok=wJ5IAy7W

  • Le matin, ils ont pu s’occuper du dépouillage : Ils ont créé des lignes d’incisions : du menton au bas du ventre et à l’arrière de chaque pattes, puis ils ont décollé la peau des muscles. C’est une étape très longue et minutieuse.

  • L’après-midi, pour l’opération suivante, ils ont dû désosser l’animal : enlever le maximum de viande autour des os sans les abîmer.

Vous en savez désormais un peu plus sur les collections de taxidermies du Muséum du Havre ! Par contre, si vous souhaitez voir le daim au Muséum, vous allez encore devoir attendre puisqu’il doit maintenant subir plusieurs opérations comme le tannage de la peau, la création du mannequin, la couture de la peau… Pour plus de détails, retrouvez les étapes de la naturalisation des loups à crinière ici ! Le daim fera probablement partie des montages de l'année prochaine, puis il rejoindra les réserves du Muséum jusqu’à ce qu’une prochaine exposition lui permette d’intégrer les salles du musée !


Mathilde Créton

Contributions de Claire Gohard, Léo Frézel, Élise Lepape et du parc zoologique de Cerza

Relecture et compléments : Alice Michonnet et Gabrielle Baglione

Sources :

  • GOB André, DROUGUET Noémie, La muséologie : histoire, développements, enjeux actuels, Paris, Armand Colin, 2004.

  • WILSON Don E., MITTERMEIER Russell A., Handbook of the mammals of the world : 2. Hoofed Mammals, Barcelona, Lynx Edicions, 2011.

Pour aller plus loin

Ci-dessous le lien d'un article très intéressant traitant des prélévement d'animaux à des fins scientifiques : un article d'Aurélien MIRALLES, enseignant-chercheur en Systématique animale, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) – Sorbonne Universités

Pour plus d'infos sur la taxidermie, retrouvez les articles précédents dans la catégorie sur la droite (---->>>>) en haut de votre écran "Les coulisses de la taxidermie"

Collections - Les coulisses de la taxidermie - taxidermie - animaux

Par Muséum du Havre le 05 Mars 2018 à 10:02

Chère Hélène, merci mille fois pour votre commentaire. Nous transmettons à Claire et Mathilde !
A bientôt !

Par Hélène HUET le 23 Février 2018 à 16:37

Merci de cet article hyper intéressant et bien documenté.
On ne devient certainement taxidermiste par hasard, certainement par vocation
Je vous dis bravo et merci, en tant que visiteuse passionnée du Muséum

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