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Histoires d’interactions #6 : Des milliards d'amis

23 April 2014 

Les chiens sont-ils les meilleurs amis des hommes ?
Les bactéries ne sont-elles que de méchants petits organismes qui cherchent uniquement à nous rendre malade ?
Que devient notre steak haché après le repas ?

Une petite plongée au plus profond de vous-mêmes... Littéralement !

Dans nos intestins : des centaines de milliards d'amis !

 

Petit, vous rêviez d'un animal de compagnie ? Un chien, un chat, un poisson rouge ou un cochon d'inde vous manquent ? Vous recherchez une présence amicale pour accompagner vos longues soirées télé ?

Ne cherchez plus. Plus original qu'un Pogona, plus rigolo qu'un hamster, plus facile d'entretien qu'un phasme, plus attaché à vous qu'un bon gros toutou, facile d'entretien, sans besoin de garde pendant les vacances, peu cher à l'achat et jamais chez le vétérinaire, il existe une petite bête de compagnie idéale. Ou, plus précisément, des milliers. Des millions. Des milliards...

Et nous sommes prêts à parier que vous les possédez déjà sans le savoir !

 

8781134Des animaux de compagnieCertes, mais moins rigolos...Des animaux de compagnieCertes, mais moins rigolos...Zoom http://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/animaux_de_compagnie_0.jpg

Dire que ce sont de « petites bêtes » est en fait un abus de langage. Elles sont très petites, mais ce ne sont pas des animaux. Ce ne sont pas non-plus des végétaux ! Il y a bien quelques petits champignons, mais il s'agit surtout de bactéries. Elles sont particulièrement proches de vous : elles habitent en effet directement dans votre corps ! Dans tout votre système digestif. Et elles ne vous veulent aucun mal.

Pourtant, vous ne vous êtes pas toujours connus : à votre naissance, elles n'étaient pas encore là. Heureusement, elles sont arrivées rapidement : en quelques jours seulement ! Pour votre troisième anniversaire, alors que vous appreniez encore à parler et que vous entriez à peine à l'école maternelle, elles étaient déjà toutes là. Prêtes à commencer avec vous votre première et plus grande collocation !
Mais toutes ne vivent pas au même endroit : elles ne sont que quelques milliers par gramme dans l'estomac, mais plusieurs millions dans chaque gramme de contenu de votre gros intestin. En tout, elles pèsent plus de 500 grammes !

280426BifidobacteriumLe fameux "Bifidus" de vos yaourts !BifidobacteriumLe fameux "Bifidus" de vos yaourts !Zoom http://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/bifidobacterium_longum_0.jpg
667654Un StreptoccoccusCelle-ci n'est pas très sympathique, mais beaucoup de ses cousines sont absolument inoffensives et sont parmi les bactéries les plus présentes dans notre ventre !Un StreptoccoccusCelle-ci n'est pas très sympathique, mais beaucoup de ses cousines sont absolument inoffensives et...Zoom http://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/streptococcus_pyogenese_0.jpg
910880un autre StreptoccocusCelle-ci n'est pas très sympathique, mais beaucoup de ses cousines sont absolument inoffensives et sont parmi les bactéries les plus présentes dans notre ventre !un autre StreptoccocusCelle-ci n'est pas très sympathique, mais beaucoup de ses cousines sont absolument inoffensives et...Zoom http://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/streptococcus_pyogenes_0.jpg

Pourtant, lorsque l'on pense aux bactéries, on tremble d'horreur : elles transmettent de terribles maladies, causent des infections et nous font courir à notre perte ! On raconte même qu'elles sont responsables de la grippe, des rhumes et des gastro-entérites...

Avant toute chose, il faut différencier les bactéries et les virus. Ils n'ont rien à voir ! Une bactérie, c'est un être vivant. Fait d'une seule cellule. Cela n'est d'ailleurs pas très original : c'est aussi le cas de nombreux champignons, plantes ou algues. Un virus, au contraire, c'est (en gros) un petit morceau d'ADN ou d'ARN*, enfermé dans une capsule, qui se promène au gré du vent. Un virus est incapable de se reproduire tout seul. Une bactérie, si ! La grippe et le rhume, mais aussi le SIDA, Ébola ou l'hépatite C sont des maladies causées par des virus. Les bactéries sont donc innocentes.

D'ailleurs, les antibiotiques s'attaquent aux bactéries (on y retrouve le mot bio, qui signifie "vie"), mais sont à peu près aussi efficaces contre les virus qu'une tapette à mouches contre une fuite d'eau. Bref, ça n'a rien à voir.

Mais si certains virus peuvent nous donner des maladies très graves, de nombreuses bactéries ne sont pas si inoffensives que cela. C'est l'une d'entre elles qui est à l'origine de la coqueluche, une autre de la diphtérie, d'autres encore de la fièvre typhoïde, du tétanos, de la tuberculose, du botulisme (qui n'est pas la philosophie de J.B. Botul !) ou des septicémies de l'appendicite.

252409La bactérie de la coquelucheBordetella bronchiseptica, pour les intimesLa bactérie de la coquelucheBordetella bronchiseptica, pour les intimesZoom http://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/bordetella_bronchiseptica-coqueluche_0.jpg

Et malgré tout, nous vivons plus que confortablement avec nos centaines de milliards de bactéries domestiques dans le ventre. Plus étonnant encore : si elles n'étaient pas là, nous ne serions pas en très bonne santé. Imaginez : ce que les voyageurs imprudents appellent « tourista », c'est une hécatombe chez les bactéries de leur système digestif. Là, il reste encore pourtant quelques milliards de bactéries survivantes. Mais si toutes les bactéries s'en allaient, nous tomberions gravement malades. Nous pourrions même en mourir !

 

Car ces petits êtres vivants nous rendent de grands services. Et depuis le berceau : ils aident en effet les bébés à mettre en place leur propre système immunitaire (l'ensemble des protections contre les maladies et les infections). Durant toute notre vie, ils continuent le travail en nous aidant à nous défendre. Et ils ne sont pas utiles que dans nos intestins : c'est tout le corps qu'ils aident à combattre les infections et les maladies. Par exemple, ils provoquent la fabrication par notre corps de substances bactéricides, qui éliminent les autres bactéries, en l'occurrence uniquement celles qui nous rendraient malades.

On sait aussi qu'ils aident notre système digestif à se former et à travailler efficacement. C'est grâce à eux que nous pouvons assimiler et digérer de nombreux aliments : ils nous aident à les transformer, à en extraire ce dont notre corps a besoin et à digérer le reste. D'ailleurs, sans elles, les vaches (et les autres herbivores) ne digéreraient pas l'herbe qu'elles mangent et leurs bouses seraient toutes vertes. En un sens, ce serait plus confortable pour les pieds des promeneurs ; mais imaginez les pauvres bêtes !

499651Une vacheTrès malheureuse à cette idée...Une vacheTrès malheureuse à cette idée...Zoom http://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/vache_broutant.jpg

De plus en plus d'études montrent même que lorsque ces bactéries domestiques ne vont pas bien, cela peut aller chez nous de pair avec des inflammations intestinales (causant diarrhées, vomissements, douleurs et autres drôleries de cet acabit), voire de l'obésité ou certaines maladies vasculaires et allergies ! Cependant attention : on ne sait pas encore bien si c'est parce que nos microscopiques amies sont malades que nous le sommes aussi ou si c'est parce que nous n'allons pas bien qu'elles en souffrent et disparaissent. C'est par exemple la différence entre éternuer et se cogner. Lorsque l'on éternue, cela peut être parce que l'on a un rhume. Mais ce n'est pas le fait d'éternuer qui déclenche le rhume : il était déjà là avant. A l'inverse, c'est parce que l'on se cogne que l'on a un bleu. Le fait d'avoir un bleu ne nous attire pas irrésistiblement vers le premier meuble ou mur qui passe à notre portée ! Nous nous sommes cognés avant d'en avoir la trace sur notre corps. Mais, pour les bactéries et les maladies intestinales, nous ne savons pas bien quel événement est survenu en premier : est-ce parce que nous sommes malades que les bactéries s'affaiblissent ou, au contraire, parce que nos bactéries s'affaiblissent que nous tombons malades ? On ne sait pas encore vraiment.

 

Mais nos bactéries collocatrices ne nous aident pas qu'à digérer. Elles semblent être indispensables dans de nombreuses autres fonctions ! On pense par exemple qu'elles aident à la croissance des muscles et à la formation de certains tissus** de notre corps. Elles agissent même au coeur de nos cellules, leur permettant d'accomplir des tâches très spécifiques : elles sont capables de contrôler (ralentir ou démarrer) l'expression (le travail) de certains gènes ! Notre corps n'exprime en effet pas tous ses gênes en même temps. Un peu comme si nous avions un combiné four - micro-ondes mais que le bouton pour décider quoi utiliser nous était inaccessible. Ici, la petite bactérie située dans notre sang permettrait d'utiliser ou le four, ou le micro-ondes, ou les deux en même temps suivant la recette que nous réalisons ! Elle permet ainsi à notre corps de faire des choses qu'il a en lui mais qu'il ne sait pas déclencher tout seul.

La seule exigence de ces bactéries en retour de leurs services ? Le gîte et le couvert, que nous leur offrons grâce à ce que nous mangeons. D'ailleurs, elles ne nous « volent » pas notre nourriture, et ne nous affament pas. Au contraire : on a moins besoin de manger lorsque l'on héberge ces petits organismes. En ffet, les chercheurs ont réalisé que des mammifères auxquels on avait retiré toutes les bactéries digestives avaient besoin de manger un tiers de calories en plus que son copain non-traité. Un peu comme si, lorsque vous aviez des invités, vous aviez beaucoup moins besoin de manger pour être en bonne santé que lorsque vous étiez tout seul !

9772000Un repas avec vos copines bactéries !D'après Brueghel l'Ancien, "Le repas de noces"Un repas avec vos copines...D'après Brueghel l'Ancien, "Le repas de noces"Zoom http://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition/public/multimedia/le_repas_de_noce_pieter_brueghel_lancien_0.jpg?itok=tlMRiITC

Il s'agit ici d'une véritable symbiose. Et pas des moindres : il y a plus de 500 espèces différentes de bactéries dans notre système digestif. Ce ne sont pas les mêmes partout : entre l'estomac, l'intestin grêle et le gros intestin, les espèces varient. C'est d'ailleurs dans le gros intestin que la biodiversité de nos petits compagnons est la plus forte. Et nous ne gardons pas égoïstement nos espèces pour nous : quelques unes se retrouvent chez tous nos compatriotes. Et d'autres sont partagées par la moitié de la population. Pas qu'un peu : 40% de nos bactéries intestinales ! Au contraire, certaines espèces de bactéries sont « rares » : elles ne sont pas beaucoup partagées et chacun garde les siennes. Mais la composition des bactéries de nos intestins dépend avant toute chose de l'endroit où l'on habite, de notre mode de vie ou de nos habitudes alimentaires !

 

 

Finalement, nous vous proposons donc toute une ribambelle de petits organismes de compagnie, utiles et sympathiques, affectueux et attachants, qui se nourrissent de la même chose que vous, ne vous coûtent rien, vous guérissent et vous suivent partout. Que demander de mieux ?

420617Petite bactérierecherche foyer d'adoptionPetite bactérierecherche foyer d'adoptionZoom http://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/bacterie_love_you_0.jpg

 *ARN : molécule qui ressemble beaucoup à l'ADN. L'un fabrique d'ailleurs l'autre !

**Tissu : Regroupement de cellules semblables. Un ensemble de tissus peut former un organe. Le sang, les tissus musculaires, les neurones, l'os de notre squelette, l'épiderme (la couche supérieure de notre peau) ou les tendons sont des exemples de tissus. Mais il en existe des centaines d'autres !

 

Pour en savoir plus :

Un diaporama plein d'informations sur les "macrobiotes intestinaux" : http://www.acadpharm.org/dos_public/Transfert_de_Flore_-P._BOURLIOUX_05.06.2013.pdf

Un autre, complémentaire : http://dlst.ujf-grenoble.fr/data/cours/documents/1-20120314170023.pdf

Un communiqué et le lien vers un article de l'institut Pasteur : https://www.pasteur.fr/fr/institut-pasteur/presse/documents-presse/systeme-immunitaire-et-bacteries-intestinales-les-clefs-d-une-cohabitation-equilibree

Un article un petit peu plus technique mais qui vous apprendra plein d'autres choses ! Par exemple, pourquoi ces bactéries ne sont pas rejetées par notre système immunitaire. http://etudes.univ-rennes1.fr/digitalAssets/38/38432_Poligne_systeme_immunitaire.pdf

 

Les articles précédents :

Espèce de planqué !

#1 : Pour vivre heureux, vivons cachés !

#2 : Aux autres la fierté, le tout est d'être caché !

#3 : Aux autres la fierté... (Suite et fin)

#4 : Une drôle de guêpe ?

T'as de beaux yeux, tu sais ?

#1 : Des cerfs, des paons et de la bogossitude

#2 : Les phalaropes, de drôles d'oiseaux ?

#3 : Soirée karaoké chez les bébêtes

#4 : Du karaoké au dancefloor

Histoires d'interactions : L'enfer, c'est (pas toujours) les autres

#5 : Drôles de guêpes !

#4 : Solanopteris brunei, la fougère et ses fourmis

#3 : Les Ophrys. Quand des orchidées séduisent des abeilles

#2 : Les mitochondries, des copines au coeur de nos cellules

#1 : Elysia chlorotica, une limace très brillante

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