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Après Darwin : Comment retrouver sa famille ?

11 septembre 2013 

Avec sa classification généalogique, Darwin chamboule le monde des biologistes.
Malheureusement, il ne dit pas comment faire pour retrouver cette généalogie...
Ses héritiers y parviendront-ils ?

Épisode 9 : Perdus après Darwin

Les fossiles de Gaudry

Partout, les chercheurs cherchent des indices pour reconstituer l’arbre généalogique des êtres vivants. Certains, comme le paléontologue Albert Gaudry, se servent des fossiles. Dans l’un de ses livres, Gaudry se sert de tous les fossiles qu’il découvre dans une région de la Grèce pour faire cet arbre. Il part de l’idée que tous les ancêtres et les descendants de ces animaux fossilisés doivent être dans ce gisement. Aussi, il fait directement descendre tel ou tel fossile de tel autre. Cela lui permet de réaliser le premier arbre inspiré du modèle de Darwin : Gaudry sera d’ailleurs chaudement félicité par ce dernier !

Mais sa manière de reconstruire les arbres n’est malheureusement pas rigoureuse. Elle part du principe qu’il dispose dans ses fouilles des fossiles de toutes les générations d’animaux de cette région. Malheureusement, cela est impossible : beaucoup ont migré et, parmi ceux qui sont restés, seule une infime minorité s’est fossilisée… Aujourd’hui encore, on entend parfois dans des reportages qu’un fossile que l’on a retrouvé est l’ancêtre d’un groupe. Le plus vieil ancêtre de l’homme, par exemple, ou des mammifères. Les scientifiques le savent bien, mais pas toujours les journalistes : il s’agit là d’une simplification. Le fossile retrouvé est « le plus proche cousin » de l’ancêtre de l’homme (et donc de nous !) ou des mammifères (et donc encore de nous, ou bien de notre chat et de notre chien) « que l’on ait trouvé jusqu’ici ».

Cependant, le travail de fourmi réalisé par Gaudry dans ses fouilles est impressionnant. Il a permis à de nombreux biologistes de comprendre que c’est en étudiant les espèces, leurs fossiles et leurs caractères (organes, os, apparence, etc…) que s’élabore l’arbre de Darwin.

Haeckel, le biologiste qui fait aimer les sciences

Ernst Haeckel n’avait que vingt-cinq ans quand est parue la première édition de L’Origine des Espèces. Mais ce jeune médecin et biologiste en devint immédiatement un grand défenseur. Pourtant, sa vision de l’évolution était très différente de celle de Darwin : son ambition était même de « réconcilier Darwin et Lamarck » !

Pour lui, toute matière est douée de vie, même les roches ou la terre. La vie a donc, pense-t-il, pu apparaître à plusieurs reprises sans que tous les êtres vivants ne partagent un ancêtre commun universel. C’est un retour de l’idée de « génération spontanée ».

Des embryons bien utiles !

Haeckel est également embryologiste. Il étudie les formes des embryons (premiers stades de la formation des bébés animaux avant leur naissance) durant leur développement : c’est l’ontogénèse. Comme d’autres avant lui, il imagine que les formes que prennent les embryons au cours de leur croissance permettent de reconstituer l’évolution des différentes espèces, et donc l’arbre généalogique du vivant. En effet, à cinq semaines, un embryon de bébé a une queue qui disparait chez l’adulte. Or, nos ancêtres avaient eux aussi – comme les chats ou les crocodiles – une queue. Haeckel généralise cette idée et propose ainsi plusieurs classifications du vivant.

Cependant, on sait aujourd’hui avec les techniques d’observation modernes que ces indices ne nous aident pas toujours. Ils sont, certes, parfois très justes (queue des embryons de bébés, branchies d’embryons d’animaux à poumons, etc) ; mais induisent aussi souvent en erreur. Ils ne sont donc plus utilisés tels quels aujourd’hui ! Les biologistes étudient toutefois toujours les embryons, mais autrement. Avec des techniques et des connaissances qui sont apparues bien après Haeckel !

Une finalité dans le vivant ?

Haeckel est aussi finaliste et voit une direction dans l’évolution du vivant, guidée vers un but donné. De plus, à ses yeux, toutes les espèces n’en sont pas à un même stade d’évolution. Il distingue même, chez les hommes, des degrés d’évolutions différents : il s’oppose ainsi totalement à Darwin et à sa vision de l’Homme comme une seule et même espèce aux apparences diverses.

Enfin, contrairement encore à Darwin, Haeckel ne crée pas de « familles » strictement généalogiques. Pour lui comme pour Lamarck, les groupes descendent les uns des autres et doivent regrouper les animaux par forme. Par exemple, bien qu’il ait montré que les crocodiles étaient bien plus proches des oiseaux que des lézards (ils ont un gésier, les mêmes types d’os, etc…), il crée tout de même un groupe de « reptiles », contenant les crocodiles mais pas les oiseaux.

Faire aimer les sciences

Mais Haeckel est avant tout un très grand vulgarisateur du savoir. Ses ouvrages sont traduits dans de nombreuses langues et diffusés partout dans le monde. C’est aussi un peintre naturaliste au très grand talent. Il réalise de nombreux croquis d’une grande beauté et qui mettent à l’honneur des organismes peu connus du grand public – anémones, méduses, nudibranches (cousins marins et très colorés de nos limaces), etc. Plus que tout autre à son époque, il a contribué à faire aimer les sciences naturelles au grand public.

 

Haeckel n’est pas le seul biologiste à envisager un but, une finalité à l’évolution. D’autres auteurs, comme l’écossais Robert Chambers ou l’allemand Heinrich Georg Bronn, l’ont fait avant lui. D’autres continuent cela après Haeckel, durant le XXème siècle, comme les français Lucien Cuénot – qui, après la Seconde Guerre Mondiale, voit l’évolution comme terminée – ou Pierre Teilhard de Chardin.

Nous voilà entrés au XXème siècle. Mais l’histoire ne s’arrête pas là…

À suivre !

 

Texte : Marie Fisler

 

Les épisodes précédents :

Épisode 1 : Des classifications antiques (17 juillet)

Épisode 2 : Au Moyen-Âge (24 juillet)

Épisode 3 : À la Renaissance (31 juillet)

Épisode 4 : Linné (7 aout)

Épisode 5 : Buffon (14 aout)

Épisode 6 : Des arbres...mais pas d'évolution (21 aout)

Épisode 7 : Lamarck (28 aout)

Épisode 8 : Tout sur Darwin ! (4 septembre)

Première série : la sélection naturelle

Épisode 1 : Des yeux et des pigeons (19 juin)

Épisode 2 : Des chats au pôle nord (26 juin)

Épisode 3 : Des textos et des zombies (10 juillet).

sciences de la vie - Gaudry - Haeckel - classification - évolution

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