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Buffon, premier gardien du transformisme

14 août 2013 

Quand et pourquoi a-t-on un jour imaginé que les êtres vivants pouvaient se transformer ?
Pourquoi un âne ressemble-t-il tellement à un cheval ?
Un renard peut-il avoir des bébés avec un loup ?

Toutes les réponses à ces questions et beaucoup plus encore avec Buffon, un nouvel épisode dans l'histoire des sciences.

Épisode 5 : Buffon

Un inventaire à faire !

La même année que Linné, un autre grand naturaliste voit le jour : Buffon. Mathématicien et spécialiste des sciences naturelles, il arrive à être nommé très jeune (à trente-deux ans seulement !) directeur du « Jardin royal des plantes médicinales » – l’ancêtre de l’actuel Jardin des plantes, à Paris. Sa mission : faire l’inventaire des collections que possède cette institution.

Mais ce n’est que dix ans plus tard, en 1749, que paraît la première partie de cet inventaire. C’est un livre, appelé Histoire Naturelle, générale et particulière, avec la description du cabinet du Roi (ou Histoire Naturelle pour les intimes). Mais surtout, c’est bien plus qu’un simple inventaire : Buffon y décrit de nombreuses choses comme l’apparence, l’anatomie ou le mode de vie des différentes espèces de son inventaire.

 L’Histoire Naturelle de Buffon

Il faut quarante ans à Buffon pour écrire les trente-six tomes et huit suppléments de son Histoire Naturelle (le dernier volume paraît un an après sa mort). Dedans, il présente ses théories novatrices sur la formation de la Terre et du monde vivant. En 1755, alors que l'on pensait que, comme le disaient les écrits religieux, la Terre avait 8000 ans, il repousse cet âge à 75 000 ans. Dans le même temps, il propose même une théorie de la dérive des continents ! Mais surtout, en 1766, il élabore une première théorie de la transformation des êtres vivants.

 Sa théorie de l’évolution, il l’appelle dégénération des animaux. Elle part du constat qu’un bébé de n’importe quelle espèce ressemble toujours à ses parents. Un chien n’accouche pas d’un chat.

La question est ancienne, et depuis des dizaines d’années, différents savants ont proposé plusieurs hypothèses pour expliquer cela. Certains imaginent par exemple que, dans le corps des mâles ou des femelles de tous les animaux se trouveraient des « bébés en attente », prêts à grandir. Chacun de ces bébés en attente porterait lui-même ses propres bébés en attente qui, comme des poupées russes, contiendraient eux-mêmes leur descendance, et ce jusqu’à la fin des temps !

 Comment naissent les bébés ?

Buffon défend une autre idée. Dans le ventre de chaque maman animal, dit-il, se trouverait un moule qui aurait la forme de la maman. Et dans ce moule, très précis et complexe, se formerait le bébé. Cela expliquerait alors pourquoi les petits ressemblent à leurs parents !

Mais Buffon va plus loin : parfois, ce « moule à bébés », tout comme le moule d’un potier ou d’un sculpteur, pourrait casser. Les animaux qui naîtraient d’un tel « moule cassé » seraient différents de leurs parents et de leur genre initial : dégénérés, dit-on à l’époque.

Ce serait, imagine Buffon, le cas de l’âne ou du zèbre qui seraient tous les deux des chevaux modifiés. Mais il va plus loin : il serait possible, dit-il, que tous les animaux à quatre pattes proviennent d’un seul animal ancestral !

 Mais Buffon ne se contente pas d’échafauder des théories : pour les prouver, il expérimente. Il calcule l’âge de la Terre en étudiant la vitesse de refroidissement du métal en fusion dans ses forges. Lorsqu'il pense que certains animaux sont cousins (chevaux et ânes, chiens et renards, etc.), il essaye de les faire se reproduire ensemble afin de voir s’ils peuvent avoir des bébés. Lorsque cela ne fonctionne pas, il essaye autrement et révise sa théorie. Cela est inédit en sciences de la nature !

 Enfin, Buffon propose de classer le vivant sur une figure qu’il ne dessine pas mais décrit. Cette figure se compose d’un tronc et de rameaux, de feuilles et de branches. Le mot n’est pas écrit, mais transparaît : c’est d’un arbre du vivant qu’il s’agit. L’un de ses élèves, le jeune Duchesne, dessine cette figure dans sa classification des fraisiers. En haut, à la racine de l’arbre, le fraisier initial. Sur les branches et les feuilles, chacun des fraisiers dégénérés et leurs mutations successives. C’est le tout premier arbre inspiré des idées de Buffon !

Mais c’est, surtout, le plus vieil arbre généalogique des êtres vivants. D’autres existent, mais ce sera un prochain épisode…

 

À suivre !

 

Texte : Marie Fisler

 

Les épisodes précédents :

Épisode 1 : Des classifications antiques (17 juillet)

Épisode 2 : Au Moyen-Âge (24 juillet)

Épisode 3 : À la Renaissance (31 juillet)

Épisode 4 : Linné (7 aout)

Première série : la sélection naturelle

Épisode 1 : Des yeux et des pigeons (19 juin)

Épisode 2 : Des chats au pôle nord (26 juin)

Épisode 3 : Des textos et des zombies (10 juillet).

classification - blog - Muséum du Havre - évolution - sciences - Buffon - transformisme

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