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Darwin, en lutte contre les sales types

04 septembre 2013 

Darwin : tout le monde le connait, mais qui était-il vraiment ?
Est-il l'auteur de la première théorie de l'évolution ?
A-t-il dit que l'homme descendait du singe ?
Pensait-il que la loi du plus fort gouvernait le monde ?

Découvrez le scientifique qui a révolutionné la classification du vivant et partez à la chasse aux idées reçues !

Mais d'abord, qu’est-ce qu’un "type" ?

En biologie, un "type", c’est une forme globale. Le type du "poisson", par exemple, ressemble à un ovale avec une queue en demi-lune et des nageoires. Un "type", c'est aussi parfois un milieu de vie : un "poisson", cela vit dans l’eau. De même, le type de l’oiseau a deux ailes, des plumes et vole. Le type du reptile a de courtes pattes (ou pas de pattes du tout !), rampe (d’où le nom de reptile) et a un corps recouvert d’écailles vertes.

Regrouper ce que l'on voit en fonction de ce qui se ressemble est une première étape pour comprendre le monde. Mais, souvent, cette étape n’est qu’un début. Ainsi, en biologie, créer des types, c’est exclure ce qui nous semble différent sans chercher si les points communs ne sont pas simplement plus difficiles à voir. Finalement, c’est faire des groupes sans vérifier s’ils tiennent la route !

Par exemple, on sait aujourd'hui que les oiseaux font partie des "reptiles". Comme eux, ils ont des écailles soudées... mais uniquement sur leurs pattes. Le reste de leurs écailles s'est transformé en plumes, qui ne sont en fait que des écailles modifiées. Enfin, leur squelette et leurs organes ont de très nombreux points communs avec les lézards, les serpents ou les iguanes, et plus encore avec les crocodiles !

 Pourtant, avant 1859, tous les auteurs ont un point commun : lorsqu’ils classent le vivant, ils classent des "types", et non des espèces. Lorsque Lamarck écrit que les oiseaux descendent des reptiles, il ne remet pas les groupes "reptile" ni "oiseau" en question…

L’Origine des Espèces

En 1859, l’année de ses cinquante ans, un naturaliste publie L’Origine des Espèces. Il a élaboré ses théories durant un voyage autour du monde qu’il a fait lorsqu’il était jeune, puis a passé plusieurs décennies à mûrir ses idées.Ce naturaliste, c’est Charles Darwin.

Darwin propose une manière novatrice de classer le vivant. Pour lui comme pour Lamarck, à chaque génération, les êtres vivants se modifient imperceptiblement. Un bébé ne ressemble jamais exactement à ses deux parents. Cependant, après de très nombreuses générations, ces minuscules modifications commencent à être perceptibles ! Mais, contrairement à Lamarck qui pensait que chaque génération était un tout petit peu plus complexe que la précédente, Darwin est convaincu que ces transformations vont au hasard et pas vers le plus complexe.

 

Si aucune espèce n’est plus complexe qu'une autre, alors comment les classer ? Tout simplement par leurs liens de parenté. Il faut partir des espèces et trouver qui est plus proche cousine de qui. Puis il faut reconstituer l’immense arbre généalogique du vivant ! Les espèces partagent ainsi des ancêtres communs plus ou moins éloignés. Un chat partage par exemple avec un tigre un ancêtre commun plus proche qu’avec un chien. Un chat et un chien ont un ancêtre commun plus proche qu’un chat et un pigeon. Un chat et un pigeon ont un ancêtre commun plus proche qu’un chat et une pâquerette, etc.

Darwin regroupe les espèces par leur "famille", c’est-à-dire tous les descendants d’un ancêtre commun, sans en exclure un seul. Pour lui, il est impossible de sortir de sa "famille" d’origine, même si l’on ne ressemble plus beaucoup au reste de sa famille. Tout le travail du scientifique est donc de retrouver ces liens de parenté entre les espèces et de reconstituer la grande « famille » du vivant.

Ainsi, les espèces ou les groupes ne « descendent » pas les uns des autres. Les oiseaux, par exemple, ne « descendent » pas des reptiles : ils en font partie. L’ancêtre de tous les reptiles est aussi celui des oiseaux. Les crocodiles partagent même avec les oiseaux un ancêtre commun plus proche qu’avec les serpents ou les lézards !

6671000L'arbre de DarwinL'arbre de DarwinAgrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/arbre_darwin.jpg

Darwin ne peut donc pas avoir dit que « L’homme descend du singe ». Chimpanzés, hommes, gorilles et autres "singes" partagent un même ancêtre commun et font donc partie de la même famille. L’homme est donc un singe (ou plutôt un primate) ! 

De l’habitude à la sélection naturelle

Lamarck pensait que le fait de répéter encore et toujours le même geste durant des milliers de générations modifiait le physique de l’animal. Cela expliquerait pourquoi un organe correspondrait si bien à un usage donné : le cou de la girafe, le bec des pinsons des Galápagos, la peau de l’écureuil volant, etc. Mais Darwin a voyagé autour du monde et n’est pas convaincu par cette explication.

Il en a une autre : la sélection naturelle.

 A chaque génération, les êtres vivants se transforment légèrement. Après plusieurs centaines de générations, ces transformations deviennent visibles : elles forment la diversité de chacun au sein de toutes les espèces. Il n’existe pas deux chats, deux hommes, deux carpes parfaitement identiques (à part les vrais jumeaux, mais c’est très rare).

Darwin s’est passionné pour la domestication. Il élevait lui-même des pigeons voyageurs. Il se demande comment se déroule la domestication d’un animal. Lorsqu’il domestique une espèce, l’homme sélectionne les individus aux caractéristiques qui l’intéressent. Darwin remarque ainsi que les éleveurs de pigeons choisissent comme reproducteurs les pigeons qui ont la couleur, la taille ou le port qui les intéressent. Par exemple, pour obtenir un élevage de pigeons roux, on va, à chaque génération, garder les pigeons un peu plus roux que les autres pour qu’ils aient des petits. Ces petits seront comme leurs parents, donc légèrement roux eux aussi. Mais, parmi eux, certains le seront un peu plus que d’autres : ce seront ceux qui seront gardés pour la reproduction. Et cætera : après de très nombreuses générations, l’éleveur n’aura plus que des pigeons tout roux ! Pourtant, l’oiseau n’aura fourni aucun effort pour changer de couleur. Simplement, tous ne font pas le même nombre de bébés : les pigeons roux en auront fait plein, les pigeons moins roux aucun.

 

Darwin généralise cette "sélection humaine" en une "sélection naturelle". Sous certaines conditions, certains individus parviennent à faire beaucoup plus de petits que d’autres. Le facteur chance est important, mais il n’est pas seul. Dans toute la diversité d’une espèce, certains individus portent des caractères qui leur permettent d’avoir plus de petits que les autres. Il y a cinq grands atouts qui permettent cela :

 - On est plus fort, plus intelligent, plus rapide, plus (etc.) que les autres. Cela nous permet de fuir plus facilement les prédateurs et de trouver plus aisément à manger. On croit souvent que la sélection naturelle, c’est seulement ça. Mais il y a aussi…

 - Le camouflage. Si notre couleur, notre odeur, ou notre aspect ressemblent à notre environnement, alors les prédateurs nous voient moins que les autres, nous mangent moins et l’on a plus de temps pour faire des petits. Pensez aux insectes-branches, les phasmes. Mais le camouflage marche aussi si l’on ressemble à un animal toxique qui vit dans les parages: le syrphe, par exemple, est une inoffensive mouche, mais ses anneaux noirs et jaunes la "déguisent" en guêpe !

 - L’entraide entre espèces différentes, parfois très éloignées. Si une autre espèce nous aide à mieux vivre et qu’en retour nous l’aidons aussi à mieux vivre, alors nos deux espèces sont gagnantes, vivent mieux et ont plus de petits. Cela peut aller jusqu’à la symbiose : l’autre espèce ne nous aide pas à mieux vivre, mais à vivre tout court ! Il n’existe ainsi pas un seul animal qui ne soit pas symbiotique de bactéries ; nous-mêmes en possédons plusieurs dizaines d’espèces différentes dans nos intestins. Sans elles, nous serions incapables de digérer et mourrions rapidement ! En échange, nous leur fournissons le gîte et le couvert : sans nous, elles mourraient de faim. On connaît aussi de nombreuses symbioses entre des fleurs et des papillons, des plantes et des champignons, etc.

 - L’entraide au sein d’une même espèce : le fait de vivre en communauté et de s’entraider permet à toute l’espèce de mieux résister à un prédateur, et donc d’avoir plus de petits ;

 - La "loi du plus mignon", ou sélection sexuelle. Là, ce sont les reproductrices qui choisissent. Le mâle le plus séduisant est plébiscité et se reproduit bien plus que les autres. C’est cela qui explique les bois des cerfs ou la queue colorée des paons (très handicapants face à un prédateur !), les vives couleurs des mâles du canard colvert ou de l’Anthias rouge (un poisson), ou même la grande taille des mâles des lucanes cerfs-volants !

 

Le succès de l'Origine des Espèces de Darwin est immense : il sera réédité à plusieurs reprises, même après la mort de Darwin. Il est également traduit dans plusieurs pays, et demeure aujourd'hui encore une référence scientifique.

Malheureusement, si Darwin proposa une manière toute nouvelle et révolutionnaire de classer le vivant, il ne trouva pas comment s'y prendre. Des décénnies de recherches commencèrent alors...

 À suivre…

 

Texte : Marie Fisler

 

Les épisodes précédents :

Épisode 1 : Des classifications antiques (17 juillet)

Épisode 2 : Au Moyen-Âge (24 juillet)

Épisode 3 : À la Renaissance (31 juillet)

Épisode 4 : Linné (7 aout)

Épisode 5 : Buffon (14 aout)

Épisode 6 : Des arbres...mais pas d'évolution (21 aout)

Épisode 7 : Lamarck (28 aout)

 

Première série : la sélection naturelle

Épisode 1 : Des yeux et des pigeons (19 juin)

Épisode 2 : Des chats au pôle nord (26 juin)

Épisode 3 : Des textos et des zombies (10 juillet).

sciences de la vie - darwin - Type - classification - évolution

Par Marie Fisler le 17 Septembre 2013 à 12:30

Bonjour, et merci pour votre commentaire !
Cette "loi du plus mignon" s'appelle plus rigoureusement la sélection sexuelle. Elle découle directement de la sélection naturelle. En effet, plus un être vivant a d'enfants, plus ses gènes se perpétuent. Pour avoir des enfants, il faut parvenir à l'âge adulte, ce qui implique de ne pas se faire croquer par un prédateur, de ne pas succomber à une maladie, au froid ou aux éléments... Bref, cela demande parfois une bonne dose de chance.
Mais parfois, parmi un groupe d'animaux adultes, certains ont encore plus de "chance" que d'autres : les femelles les adorent. Qu'ils aient, comme les colverts, les paons ou certains papillons, un beau plumage tout bleu ; qu'ils soient, comme les cerfs, les bouquetins, les lucanes ("cerf-volants") ou les babouins, armés de grandes dents ou de bois et cornes solides qui leur servent d'armes pour éloigner leurs concurrents ; qu'ils tissent des nids complexes, imitent tout une variété de chants (comme l'oiseau-lyre, sans doute le plus inouï !) ou s'occupent de leurs petits, ces animaux ont chacun un trait de caractère qui les rend plus (ou moins) attirants que les autres. D'autres traits peuvent aussi empêcher à leur partenaire d'aller voir ailleurs, notamment en bouchant le conduit reproducteur, en chassant les autres mâles, ou même en l'aspergeant d'une odeur repoussante !
En revanche, tous ces attributs sont bien pratiques pour la reproduction mais parfois beaucoup moins pour la survie. Les couleurs vives, par exemple, ne sont pas des plus efficaces pour se camoufler des prédateurs; les longs bois, les grandes mandibules ou les lourdes cornes ne permettent pas de fuir facilement...

Pour plus d'informations sur le sujet, je vous conseille ce lien http://www.universcience.tv/video-charles-darwin-et-la-selection-sexuelle-5436.html
Ou même de lire directement Darwin qui (contrairement à beaucoup) se lit très facilement !
http://classiques.uqac.ca/classiques/darwin_charles_robert/descendance_homme/descendance_homme.html

Marie Fisler

Par Olie Mac Incent le 04 Septembre 2013 à 15:48

Merci pour cette série de billets captivants ! La "loi du plus mignon" me laisse perplexe toutefois ;)

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