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Geneviève Termier [Les femmes en Sciences #3]

25 septembre 2018 

Les fonds Termier, vous connaissez ? Il s'agit d'un ensemble remarquable de paléontologie. Tous ces fantastiques fossiles nous ont été légués par Geneviève Termier et son époux.
Dans ce deuxième portrait, nous vous invitons à découvrir la vie de cette femme de science, passionnée de paléontologie, de renommée internationale. Les remarques de cette fine observatrice ont permis de réaliser d'importants progrès en sciences de la Terre. Pionnière dans l'étude de la technique des plaques, Geneviève Termier est, avec Henri Termier, l'auteur d'un bon nombre d'ouvrages devenus des classiques. Le Muséum vous présente une de ses bienfaitrices !

Image : Haut Atlas, où G. Termier travailla (Wikimédia).

Geneviève Termier, l'ode aux gastéropodes

Geneviève Termier née Delpey, naquit le 02 avril 1917 à Paris. Elle développa des talents artistiques qu’elle mit au service de la science et de la paléontologie en réalisant des dessins. Son sens de l’observation lui permit de réaliser des croquis réalistes à l’échelle. Elle attira l’attention de Charles Jacob, alors titulaire de la Chaire de géologie de la Sorbonne. Geneviève Delpey intégra la prestigieuse université en 1937. Elle était âgée de 20 ans. Deux ans plus tard, elle publia sa thèse Les gastéropodes mésozoïques de la Région libanaise. Elle poursuivit sa carrière en tant que chercheuse au CNRS et elle se spécialisa sur les questions d’évolution et de paléontologie.
Cette de femme de science eut un impact considérable dans son champ d’études. Elle s’intéressa notamment à l’évolution des chitons, ces mollusques marins appartenant à la classe des polyplacophores (poly signifiant en Grec plusieurs, placo- plaques, et phoros-transports). Surtout, elle invita la notion de « grade » et l’appliqua aux espèces fossiles de gastéropodes. Les « grades évolutifs » sont un regroupement d’un même être vivant qui permet leur classification. Elle proposa un classement basé sur l’appareil respiratoire des gastéropodes ainsi que sur les traces de croissances mantelliques. Attentive à chaque détail, Geneviève Termier se montra rigoureuse dans ses recherches et scruta avec ardeur les plis internes des coquilles des nérinées (un gastéropode marin du crétacé). Elle mit en évidence l’importance de l’environnement dans les processus développementaux des gastéropodes.

 

Punctospirifer octoplicatus Sowerby, Libye. ©Collection paléontologie du Muséum d'histoire naturelle du Havre. Fonds Termier. 

La "mohindissa"

En 1942 elle épousa Henri Termier dont elle eut un fils, Michel, en 1945. Le couple travaille ensemble, formant un duo de scientifiques inséparables. Ils publièrent bon nombre de travaux communs. Tous deux furent les pionniers d’une discipline qu’ils s’efforcèrent de modeler : la paléontologie stratigraphique (l’étude des différentes couches de la Terre). Après la guerre, une nouvelle page se tourna : direction le Maroc. Les deux scientifiques partirent à la découverte des merveilles rocailleuses nord-africaines. Ils préféreraient le massif du Tichka (Haut-Atlas) qu’ils étudièrent particulièrement. De villages en villages, de camions en chevaux, les Termiers arpentèrent les reliefs marocains. Le jour, Henri étudiait la pétrologie et Geneviève la paléographie. La nuit, le duo luttait contre le froid tant bien que mal sous leur tente de fortune. Loin d'avoir un cœur de pierre, la paléontologue prenait plaisir à rencontrer les populations et à découvrir leurs cultures.

"Je fus un sujet de curiosité" déclara Geneviève Termier lors du comité française de l'histoire de la géologie. Les Marocains surnommait son époux Henri Bou t Negoult (le père du pain grillé, en référence à son petit déjeuner français). La présence d'une européenne dans ces montagnes avaient de quoi surprendre. Un jour que le couple partageait un couscous avec un Cheikh (un ancien), celui-ci se mit à rire. Lorsqu'on lui en demanda la raison, il répliqua qu'il n'avait jamais vu une femme écrire ! La "mohindissa" travaillant au bled avait de quoi faire jaser. Elle écrit, mais aussi lit et dessine. Cette dernière devint pionnière en paléontologie marocaine. Son époux fonda et dirigea d'ailleurs le service géologique du Maroc.

Les fonds Termier

Cymbionites craticula Whitehouse, zone à Xystridura, Cambrien moyen, Thorton, Australie.  ©Collection paléontologie du Muséum d'histoire naturelle du Havre. Fonds Termier. 

En 1946, Henri Termier fut nommé professeur de la faculté des sciences d’Alger et reçut le prix Spendiarov lors du 19e congrès de géologie internationale. En 1955 il fut élu à la Sorbonne et cinq ans plus tard il fut promu à la direction du nouveau laboratoire de géologie général. Le couple Termier s’intéressa de près à la paléo-géologie et la géologie. Ils publièrent une série d’ouvrages clés comme L’histoire géologique de la biosphère en 1952 ou encore Formation des continents et progression de la Vie en 1954. Deux ans plus tard suivit le livre Évolution de la lithosphère. Dans ce dernier, ils dégageaient les premières théories de la tectonique des plaques. Geneviève Termier et son époux organisèrent une conférence en 1967. Forts de leurs découvertes, ils étaient persuadés que leurs travaux et ceux de leurs collègues sur les tectoniques des plaques allaient révolutionner les sciences de la Terre. Malheureusement, comme c’est souvent le cas, les précurseurs sont souvent déconsidérés.

 

L'héritage d'une grande femme de Sciences.

En 1987, Geneviève et Henri Termier firent don de leurs collections au Muséum du Havre

Depuis la perte de la quasi-totalité des collections après la Seconde Guerre mondiale, le Muséum d’histoire naturelle du Havre dépend de généreux mécènes pour les reconstituer. L’ensemble des Termier, riche et inestimable, comporte une série pétrographique du massif du Tichka dont 1029 échantillons furent inventoriés. Il comprend également une série de brachiopodes fossiles du primaire d’Afrique du nord. Les fossiles normands sont quant à eux représentés par les spongiaires du crétacé. La collection de pétrologie et paléontologie sont ainsi bien complétées !

Geneviève Termier s’éteint en 2005, après une vie de travaux prolifiques ayant révolutionnés la paléontologie et la recherche sur les gastéropodes. Le Muséum conserve et s'attache à faire rayonner le fonds Termier, héritage considérable de cette chercheuse à la renommée internationale.

 


Texte et iconographie : Laurine Loisel

Eléments de bibliographie :

TERMIER H.1936 - Etudes géologiques sur le Maroc central et le Moyen Atlas septentrional. - T. 1 à 4, Notes et Mém. du Serv. des Mines, Rabat, no 33, 1566 p.

TERMIER H. & G. 1945 - Le massif granito-dioritique du Tichka : caractères généraux. C. R. somm. Soc. géol. Fr., p.35.

TERMIER H. & G. 1945 -  Le massif du Tichka : roches métamorphiques. C. R. somm. Soc. géol. Fr., p.45.

TERMIER H. & G. 1947 -  Un organisme récifal du Cambrien marocain : Anzalia cerebriformis nov. gen. nov. sp. Bull. Soc. géol. Fr., (5), 17, p.61-66.

TERMIER H. & G. 1963 -  Les couches à Anzalia du Cambrien inférieur du Haut-Atlas. Note Serv. géol. Maroc, 23, (172), p.7-9.

TERMIER H. & G. 1964 -  Les failles dans le massif du Tichka (Haut-Atlas marocain). Rev. Géogr. phys. Géol. dyn., (6), 4, p.279-290.

TERMIER H. & G. 1970 -  Sur une roche cristalline renfermant une écaille d'Echinoderme (Massif du Tichka, Haut-Atlas occidental). C. R. Acad. Sci., p. 1092-1095.

TERMIER H. & G. 1971 -  Le bassin cambrien de Tisrouima (Haut-Atlas occidental, Maroc). Geol. Rundschau, 60, p.656-665.

TERMIER H. & G. 1971 -  Le Massif granito-dioritique du Tichka (Haut-Atlas occidental, Maroc) ; 1, les régions et les terrains. Notes et Mém. Serv. géol. Maroc, 216, 240p.

TERMIER H. & G. 1974 -  Rhegmatisme et grands accidents au Maroc ; la Moghrabia, le Jebel Tichka. Ann. Sci. Univ. Besançon, (3), 22, p.155-161.

TERMIER H. & G. 1979 - Histoire de la terre, Presses universitaires de France, 430 p

TERMIER H. ET G. 1985 – Les Spongiaires du Crétacé normand. Bull. trim. Soc. géol. Normandie et Amis du Muséum du Havre. 72, fasc.3, p. 7-89.

 

Sources

Article publié en complément de la notice nécrologique publiée dans Géochronique n°97 "Les eaux souterraines", Mars 2006. (http://sgfr.free.fr/association/LS/notice-TERMIER.php)

FANTINET D. - Henri TERMIER 1897-1989 –  Bull. trim. Soc. géol. Normandie et Amis du Muséum du Havre, 77, 1, 1990, p. 9

TRAVAUX DU COMITÉ FRANÇAIS D'HISTOIRE DE LA GÉOLOGIE  - Troisième série  T.VII (1993) - Geneviève TERMIER - Une géologue européenne dans l'Adrar n Deren (Haut-Atlas occidental, Maroc) -1944-1945. (http://annales.org/archives/cofrhigeo/genevieve-termier.html)

 

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