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Histoires d’interactions #1 : Elysia chlorotica

15 janvier 2014 

Le monde n'est-il qu'une impitoyable lutte pour la survie ?
Les espèces passent-elles leur temps à s'étriper joyeusement ?
Un petit tour du côté des entraides de toutes sortes dans le monde qui nous entoure !

Episode 1 : Une petite limace nommée Elysia

Histoires d'interactions : L'enfer, c'est (pas toujours) les autres

S'entraider, ce n'est pas uniquement ce que l'on vous serine depuis que vous êtes tout petit. "Il faut prêter tes jouets !", "Il faut défendre tes petits camarades" !

Non : l'entraide, c'est un principe beaucoup plus large du vivant. En fait, c'est même deux des cinq modalités de sélection naturelle reconnues par Darwin. Rien que ça.

 

La sélection naturelle, c'est quoi déjà ?

C'est un ensemble de choses qui peuvent permettre à celui qui les porte d'avoir un peu plus d'enfants que ceux qui ne l'ont pas. Pour plein de raisons : ça permet d'éviter de se faire manger, de manger plus facilement, de se reproduire plus, de vivre plus longtemps...

Voici ces cinq modalités :

  • Être plus fort (plus intelligent, plus rapide, plus...) que les autres. En général, on croit qu'il n'y a que cela. Mais non !

  • Se fondre dans le paysage. En somme, être moins visible que les autres. Parce-qu'on est plus petit, ou bien de la même couleur que là où l'on vit, ou de la même forme, etc. C'est le camouflage.

  • Être ce que l'on appelle en termes techniques un "super beau gosse". Cela ne vous permet pas forcément de vivre plus longtemps (le paon le plus bleu se fait facilement remarquer par un prédateur), mais au-moins d'avoir plus de bébés que les autres

  • L'entraide au sein d'une même espèce

  • Et enfin, l'entraide entre espèces différentes.

 Et c'est de ces deux dernières modalités dont nous allons parler dans les prochains articles.

Et pourquoi pas commencer par une petite bête aussi étrange que sympathique ? Son nom : Elysia chlorotica.

Cette petite limace de mer vit au large de la côte est des États-Unis, et même jusqu'au Canada. Paisible et flegmatique, elle se nourrit uniquement d'algues vertes. Attention, cette précision est importante : en biologie, parler d' "algues" revient à parler d'un peu de tout et beaucoup de n'importe quoi. Le sac "algues" renferme des organismes plus divers encore que si l'on regroupait ensemble un oursin, un hérisson, du jus de citron et une méduse (car ça pique !). Ce que mange notre petite Elysia sont des plantes aquatiques toutes vertes car remplies de chlorophylle. Et c'est là le pêché mignon de cette petite limace.

Son plat préféré ? Vaucheria litorea. Elle la perfore en se servant de sa radula* comme d'une paille. Puis elle aspire gloutonnement les cellules pleines de chlorophylle de l'algue. Rien de très original devez-vous en ce moment vous dire : il existe plein d'animaux qui se nourrissent ainsi de plantes.

Oui, mais notre Elysia est fort particulière : au lieu de digérer et de détruire les chloroplastes (les organites de la cellule qui produisent la chlorophylle), elle... les conserve et les cultive dans son propre corps. Plus étonnant encore : des particularités de son ADN rendent ces chloroplastes fonctionnels. La petite limace se met alors à faire de la photosynthèse !

404604Elysia gorgée de chloroplastesElysia gorgée de chloroplastesAgrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/04154_orig.jpg

La photosynthèse est un mécanisme qui permet de produire des molécules organiques grâce à la lumière du soleil et en se nourrissant de molécules inorganiques. Dit plus simplement, cela revient à pouvoir vivre en ne mangeant que des cailloux. Or, nous, animaux, en sommes incapables. Nous ne pouvons nous nourrir que de molécules "organiques", c'est-à-dire issues d'êtres vivants (plantes, champignons, bactéries, autres animaux...). Les plantes, en revanche, grâce à la photosynthèse, peuvent sans aucun problème se nourrir de molécules non-organiques : avez-vous déjà du mettre de la salade, des lardons ou du fromage dans le pot de votre plante verte ? Regardez d'ailleurs la composition de l'engrais que vous lui donnez : N-P-K. Trois atomes, qui lui permettent de se nourrir, de grandir et, quand elle le peut, de nous faire de jolies fleurs.

Elysia chlorotica peut donc, après quelques semaines à se nourrir d'algues, survivre sans manger simplement grâce à la lumière. Certains chercheurs ont même réussi à la faire vivre dans un simple aquarium éclairé ! Cela lui est d'ailleurs bien utile, car l'algue dont elle se nourrit ne pousse pas toute l'année, mais ne se trouve que pendant une petite période de la courte vie (11 mois) de notre limace.

 

En biologie, il existe différents types d'interactions entre les espèces. Certaines vont dans les deux sens, et sont utiles à tous. La plus forte (et la plus connue) est la symbiose : c'est par exemple le cas des lichens, une sorte de colocation entre une algue et un champignon qui ne pourraient pas vivre séparés l'un de l'autre. Il y a aussi le mutualisme, interaction où tout le monde est gagnant mais qui n'est pas aussi forte et indispensable que la symbiose. C'est par exemple le cas de l'oiseau pique-bœuf (Buphagus africanus et Buphagus erythrorhynchus) et de plusieurs gros mammifères africains (rhinocéros, gnous, zèbres, buffles, antilopes...). Les oiseaux se nourrissent des tiques et des insectes qu'ils trouvent à la surface de la peau de ces animaux. Cela leur permet de manger, et débarrasse par la même occasion ces mammifères de petites bêtes qui pourraient les rendre malades.

Mais il existe d'autres interactions qui ne vont que dans un seul sens. Voici un petit tableau d'exemples d'interactions :

4611503Quelques exemples d'interactions entre espècesPour qui est-ce que ça va, pour qui cela va-t-il moins bien ?Quelques exemples d'interactions...Pour qui est-ce que ça va, pour qui cela va-t-il moins bien ?Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/tableau_interactions_article_1.jpg

 

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*Radula : sorte de petite langue remplie de dents propre aux mollusques.

879531Une radulaUne radulaAgrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/radula_par_debivort_at_en.wikipedia.png

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 Pour en savoir un peu plus :

Un blog de jeunes chercheurs en biologie. N'hésitez pas à le parcourir plus amplement : http://fish-dont-exist.blogspot.fr/2012/08/elysia-histoire-dune-voleuse-peu.html

Un peu plus d'informations sur Elysia : http://nature-extreme.psyblogs.net/2010/09/transfert-horizontal-de-genes-et.html

 

Marie Fisler

sciences de la vie - interactions - Elysia chlorotica

Par Science de comptoir le 15 Janvier 2014 à 18:06

Fascinante cette Elysia, je ne savais pas qu'un tel exploit était possible... merci pour ces infos !
En complément (et pour me faire un peu d'auto-pub), j'avais écrit un article qui explique un peu à votre manière les interactions biotiques en général : http://sciencedecomptoir.cafe-sciences.org/les-interactions-biotiques/

Par Matthias le 15 Janvier 2014 à 15:11

Article clair et intéressant avec de jolies photos d'Elysia, cependant, la relation pique-bœuf/ongulés est plus complexe que du mutualisme : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/aje.12042/full, il s'agit peut-être en fait d'une relation parasitique déguisée.

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