Vous êtes ici

Flux RSS

Histoires d’interactions #7

30 avril 2014 

Les araignées sont-elles des tueuses sanguinaires ?
Peuvent-elles se nourrir de plantes ?
Un arbre peut-il se faire duper ?
Partez à la découvertes des plus sympathiques "squatteuses" de l'Amérique centrale !

Drôle d'araignée sur les acacias

Qui parmi vous ne s'est jamais réveillé avec des marques de piqûres sur tout le corps ? Qui n'a jamais eu les jambes qui grattent au réveil ? Et qui n'a jamais accusé les araignées ?

Aujourd'hui, rendons justice à ces petites bêtes. Les araignées ne piquent pas plus qu'un hamster. Les plus grosses peuvent parfois, dans des cas exceptionnels, en réaction de défense, nous mordre avec leurs crochets, mais cela reste très rare. En revanche, moustiques ou puces de nos petits chiens et chats sont assez souvent les discrets coupables de ces méfaits...

Mais il est une araignée qui, pour sûr, ne pourra jamais être accusée d'agressions nocturnes. Déjà, parce-qu'elle ne mesure même pas un centimètre. Il serait à peu près aussi difficile pour elle de mous mordre que pour vous de creuser les murs du Muséum à coups de dents (la rédaction désapprouve d'ailleurs tout à fait cette idée et décline toute responsabilité si certains d'entre vous tentaient l'aventure). Ensuite parce qu'elle vit en Amérique centrale. Enfin parce qu'elle ne se nourrit quasiment pas de viande.

Ne jouons pas sur les mots : elle ne se nourrit pas non-plus de poisson, de crustacés, de mollusques ou de sauterelles grillées. Si, à l'occasion, elle peut grignoter une « copine » ou une fourmi, son plat préféré est le corps beltien de l'acacia.

 Le corps beltien ? Qu'est-ce que c'est que cette affaire ?

Souvent, on nomme cette plante "acacia".

Pourtant, elle n'a rien à voir avec l'acacia. Appelée plus précisément Robinier (ou "faux-acacia") Elle est d'ailleurs beaucoup plus proche des petits pois ou des cacahuètes ! Pourquoi, alors, l'appelle-t-on ainsi ? Revenons vers les années 1600, lorsque les explorateurs ont ramené les premiers robiniers en Europe. Ils ont trouvé que ces arbres ressemblaient à des acacias, et le nom a perduré jusqu'à nos jours. D'ailleurs, le "miel d'acacia" est en réalité un miel de robinier.

Car le vrai acacia est de la même famille (ou plutôt "sous-famille") que le mimosa. Et surtout, il adore la chaleur et porte de nombreuses épines.

Malgré leurs épines, les acacias sont souvent appréciés des divers animaux des environs. Certains ont toutefois réussi à tirer leur épingle du jeu grâce aux fourmis. Un peu comme les Solanopteris d'un précédent article : les plantes qui, par hasard, attiraient les fourmis se faisaient un petit peu moins manger que les autres (les fourmis défendent en effet leur territoire à grands coups de mandibules et de jets d'acide). Elles arrivaient donc à se reproduire mieux que les autres. Et si cet avantage pouvait être transmis à leurs petits, au cours des générations successives, seules les plantes ayant cette caractéristique auraient tendance à survivre. Chez Solanopteris, l'avantage réside dans les racines qui, pour certaines, jouent le rôle d'auberge à fourmis. Chez les acacias d'Amérique centrale, c'est l'estomacdes fourmis qui les appelle vers la plante. En effet, au bout de ses folioles se trouvent d'appétissantes petites capsules remplies de protéines et de matières grasses: le fameux corps beltien. Il sert de nourriture aux fourmis, qui restent donc sur l'arbre. Et en défendant leur territoire, elles protègent ainsi l'acacia.

D'autres plantes utilisent ces appâts pour attirer des fourmis : les euphorbes Macaranga, ou l'arbre qui nous donne le balsa (Ochroma).

480640Macaranga giganteaSes productions sont particulièrement riches en protéines !Macaranga giganteaSes productions sont particulièrement riches en protéines !Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/macaranga_gigantea.jpg
427640Ochroma pyramidalis...Le balsa !Ochroma pyramidalis...Le balsa !Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/ochroma_pyramidalis.jpg

Des acacias, des fourmis... Mais pourquoi des araignées ?

L'acacia et la fourmi forment une charmante symbiose. Mais, sur certains arbres, une petite araignée est elle aussi venue s'installer. La petite bête vit pourtant dans un milieu particulièrement hostile : le territoire des fourmis Pseudomyrmex gracilis. Cette petite bête s'appelle Bagheera kiplingi. Oui, comme la panthère dans Le livre de la jungle, écrit par... Rudyard Kipling ! C'est une Salticidae, une petite araignée sauteuse. Et, contrairement aux fourmis, elle ne défend pas l'arbre contre les autres animaux. Mais elle profite tout de même de ses bienfaits, sautant de part en part pour se nourrir de ses corps beltiens et misant sur son agilité pour échapper aux fourmis.

Bon. Une araignée qui nargue les fourmis, il y en a quelques-une. Tout comme des espèces qui imitent même la forme de ces insectes et passent incognito parmi eux. Ce n'est pas le cas de Bagheera kiplingi Ce qui la rend si particulière, ce n'est ni l'endroit où elle vit, ni sa forme. C'est son régime alimentaire. En effet, elle est qualifiée de « végétarienne » ! Elle se nourrit presque uniquement de ces corps beltiens : les végétaux composent ainsi 90% de ses repas. À l'occasion, elle peut également avaler une larve de fourmi, une petite mouche ou une autre araignée, mais il a été prouvé que cela restait extrêmement rare. C'est d'ailleurs la seule araignée connue à ce jour se nourrissant aussi peu de chair animale!

 

Quelques photos de cette petite araignée...

D'autres ici (la page est en russe mais les images n'ont pas de frontières !)

 

 Et une vidéo de la petite Bagheera kiplingi en train de narguer les fourmis !

Mais comment fait-elle ?

Un régime alimentaire dépend de nombreux facteurs. Notre corps est capable de digérer et d'assimiler certains éléments et pas d'autres. Par exemple, la cellulose autour de la salade. De plus, il a des besoins spécifiques qu'il faut lui fournir avec un équilibre dans la variété des aliments à trouver.  Si nous ne mangeons que du raisin, que du pain ou que des pâtes et rien d'autre, nous tombons malades. Pour les autres animaux, c'est la même chose.

Or, si toutes les araignées sont carnivores et ont besoin de protéines animales pour vivre, comment fait notre petite Bagheerakiplingi pour se porter aussi bien en n'en mangeant que si peu ? Là est une des questions à résoudre. Un autre mystère est celui de la présence de fibres dans les corps beltiens : celles-ci semblent normalement indigestes pour les araignées. Pourtant, la petite Bagheerakiplingi parvient à s'en nourrir sans problème aucun.

L'affaire est donc à suivre. Nul doute que cette petite bête nous réserve encore de nombreuses surprises !

 

Marie Fisler

 

L'auteur tient à remercier Christine Rollard, arachnologue au Muséum National d'Histoire Naturelle, pour ses conseils et relectures !

 

Pour en savoir plus :

Bagheera kiplingi sur le site Futura Sciences

...Et chez Sciences et Avenir

Un peu plus, mais en anglais

Encore plus, mais toujours en anglais

 

Les articles précédents :

Espèce de planqué !

#1 : Pour vivre heureux, vivons cachés !

#2 : Aux autres la fierté, le tout est d'être caché !

#3 : Aux autres la fierté... (Suite et fin)

#4 : Une drôle de guêpe ?

T'as de beaux yeux, tu sais ?

#1 : Des cerfs, des paons et de la bogossitude

#2 : Les phalaropes, de drôles d'oiseaux ?

#3 : Soirée karaoké chez les bébêtes

#4 : Du karaoké au dancefloor

Histoires d'interactions : L'enfer, c'est (pas toujours) les autres

#6 : Des milliards d'amis dans nos intestins

#5 : Drôles de guêpes !

#4 : Solanopteris brunei, la fougère et ses fourmis

#3 : Les Ophrys. Quand des orchidées séduisent des abeilles

#2 : Les mitochondries, des copines au coeur de nos cellules

#1 : Elysia chlorotica, une limace très brillante

 

sciences de la vie - sélection naturelle - fourmis

Votre commentaire a été ajouté à la file d'attente pour modération par l'administrateur du site et il sera publié après son approbation.
Dispostif anti-spam *

Envoyer


* champs obligatoires

Catégories

Archives

Up