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Illustrations naturalistes #1 : Art & Science

01 mars 2019 

Art et Science sont deux domaines qui n’ont a priori rien en commun. L’un repose sur l’imaginaire et le sensible, l’autre sur la raison et la vérité. Pourtant, ne dit-on pas que les opposés s’attirent ?

Le 27 septembre 2017 fut signé l’acte de création de la Chaire « arts & Sciences » dans la salle des Actes de l’Institut Pasteur. Depuis les années 1990, le couple ne cesse de faire parler de lui. On ne compte plus les expositions qui rendent hommage à l’idyllique union de nos deux tourtereaux. L’époque contemporaine connaît-elle le premier essor du décloisonnement des disciplines ? Que nenni ! Science et Art n’ont pas attendu le XXème siècle pour flirter ensemble : aujourd’hui nous vous présentons un de leurs beaux bébés, l’illustration naturaliste.

Une évolution entrelacée

L’histoire naturelle est un objet de littérature depuis l’Antiquité. Pour faire simple, elle regroupe les sciences de la vie et de la terre, soit des disciplines aussi variées que la géologie, la biologie ou la zoologie. Dans son Histoire Naturelle, Pline l’Ancien (23 ap. J-C.-79 ap. J-C.) aborde aussi bien la géographie et les mathématiques que la peinture ! L’époque moderne apporta des innovations techniques qui permirent d’illustrer graphiquement les explications scientifiques. L’imprimerie et la lithographie appuyèrent une diffusion rapide et peu coûteuse de l’information. Ainsi, l’art illustra la science et la science fit avancer l’art : elle lui offrit par exemple l’invention de la peinture à huile au XVème siècle.

1000674Le dessin comme preuve scientifiqueC'est à partir des XVII et XVIIIe siècles que l'illustration va s'inscrire véritablement comme élément de démonstration scientifique. Le dessin comme preuve scientifiqueC'est à partir des XVII et XVIIIe siècles que l'illustration va s'inscrire véritablement comme...Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition_portrait/public/multimedia/77010-q3.jpg?itok=OeNjmSHCRainette, Australie, Charles-Alexandre Lesueur, Encre et crayon sur papier, 18x12cm
1000666Cette forme de représentation est dynamisée par l'émergence de l'histoire naturelle. Cette forme de représentation est dynamisée par l'émergence de l'histoire naturelle. Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition_portrait/public/multimedia/77010-g2.jpg?itok=VNk0G2VgRainette, Australie, Charles-Alexandre Lesueur, Encre et crayon sur papier, 18x12cm

Les Sciences sont reconnues : vive les Sciences !

La reconnaissance « officielle » et la professionnalisation des disciplines scientifiques s’accélèrent entre la fin du XVIIe siècle et le XVIIIe siècle. En France, le renforcement d’une administration étatique forte aboutit à la mise en place d’institutions scientifiques solides. En 1666 fut fondée l’Académie Royale des sciences. L’histoire naturelle acquit ses lettres de noblesse  notamment grâce à des représentants comme le célèbre Georges-Louis Leclerc comte de Buffon (1707-1788), qui publia Histoire naturelle générale et particulière entre 1749 et 1788. Cinq ans plus tard, Le Jardin du roi devint le Muséum National d’Histoire Naturelle que nous connaissons aujourd’hui, autour duquel se rassemblaient les savants. Malgré un contexte politique changeant  (Révolution, Directoire, Consulat, Restauration), une volonté demeura : affirmer la puissance de la France. Les collections du Muséum furent alors le fruit de prétentions démesurées, collecter en ses murs l’ensemble des trésors de la nature tout en démontrant, par cet exploit, la grandeur française.

Et l’Art dans tout ça ?

Pas de jaloux ! L’Art ne fut pas en reste. En 1793 fut inauguré le Muséum central des arts, l’actuel Louvre, qui précéda la fondation d‘autres musées. L’institutionnalisation des deux domaines fut donc simultanée. De plus, au sein des classes aisées du XIXème siècle, les croyances religieuses reculèrent. La peinture d’histoire et la peinture de genre connurent un essor important. Ce mouvement délaissa les thèmes bibliques et mythologiques pour lui préférer des scènes de la vie courante ou  plus « réaliste ». Une partie des artistes trouvèrent leur inspiration dans l’observation de l’environnement afin de rendre une impression cohérente, plausible, au plus proche de la vérité, qu’elle soit historique ou naturelle.

12632000Le XVIIe siècle et le vélinLe vélin est un support fait d’une peau de veau mort-né très fine. Contrairement au papier, la peau ne se déchire pas et donne un rendu lisse. Le XVIIe siècle et le vélinLe vélin est un support fait d’une peau de veau mort-né très fine. Contrairement au papier, la...Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition/public/multimedia/80157.jpg?itok=7cSWA_xhPanthera pardus, Timor, C.-A. Lesueur, Aquarelle sur vélin, 25x40cm
12702000Matériau noble, il est utilisé pour des illustrations importantes à l’instar des Vélins du Roi du Muséum de Paris, et comme l'instigua Gaston d'Orléans. Matériau noble, il est utilisé pour des illustrations importantes à l’instar des Vélins du...Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition/public/multimedia/80042.jpg?itok=P7oJSxDKChauve-souris, C.-A. Lesueur, Aquarelle, crayon et encre sur vélin, 25x40cm

Deux compagnons de voyage.

Les expéditions scientifiques modernes furent de véritables lunes de miel pour nos deux amants. En effet, l’Europe moderne rêvait de terres lointaines. La découverte de l’Océanie en 1521 par Magellan, le succès des récits de voyages, l’essor du commerce maritime, la colonisation furent autant d’évènements qui marquèrent cette époque. Mais le vieux continent n’aspirait pas qu’à la poésie et la connaissance. Les Etats se faisaient concurrence, menant des campagnes de conquêtes et de collectes afin de faire rayonner leurs puissances. Ainsi, les institutions soutenaient les savants qui s’engageaient sur les mers dangereuses afin de récolter des spécimens constituant les fameuses « collections ». Le dessinateur, quant à lui, fixait les découvertes sur le papier. L’Art puisa dans la Science une inspiration, la Science se servit de l’Art comme un outil pédagogique. 

12822000Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition/public/multimedia/13034r.jpg?itok=RoKg_llDLe Géographe et le Naturaliste en mer, C.-A. Lesueur, 1800-1804, Graphite, pierre noire et craie blanche sur papier, 10.9x17.6cm

Lesueur et les Terres Australes

 En 1800, le gouvernement français acta Le Voyage de découvertes aux Terres Australes (1800-1804) menée par le capitaine Nicolas Baudin qui avait pour objectif de cartographier la partie sud-est de l’Australie encore non précisément cartographiée et approfondir les connaissances naturalistes ainsi que l’étude des Hommes. Le navire quitta le port du Havre le 19 octobre. Les noms des deux navires, Le Géographe et le Naturaliste, reflètent l’ambition et la portée de l’expédition. Surpeuplés, ils furent le théâtre de querelles et de désertions. Une quarantaine de savants (zoologiste, naturaliste, botaniste, minéralogiste...) dont des dessinateurs voguèrent vers les Terres Australes. Parmi eux, un jeune ambitieux de 22 ans.

Charles Alexandre Lesueur (1778-1846) fut embarqué à bord du Géographe comme aide canonnier et dessinateur du journal personnel du commandant avant de devenir dessinateur officiel du voyage. Il se lia d’amitié avec François Péron, formé à l’École de Médecine de Paris. Sa participation à l’expédition ne tint qu’à un fil : une place d’anatomiste se libéra à la dernière minute ! Péron fut le seul zoologiste survivant de cette expédition coûteuse en vie humaine, si bien que son ouvrage La relation du Voyage de découvertes aux Terres Australes resta dans les annales. Les deux hommes collaboraient étroitement. Lesueur dessina les observations du naturaliste qui le forma à la science. Une relation quasi métaphorique !

12652000Les escales furent l’occasion pour les artistes de dessiner la nouvelle faune dans leurs cahiers. À côté de ses dessins sont parfois inscrites des annotations descriptives.Les escales furent l’occasion pour les artistes de dessiner la nouvelle faune dans leurs cahiers....Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition/public/multimedia/80134.jpg?itok=7234SU0ABoeuf, Bas indicus, Timor, C.-A. Lesueur, Aquarelle sur vélin, 25x40cm
18542000 On y retrouve des insectes, des oiseaux, mais aussi des poissons, spécimens étudiés par Lesueur lorsqu’ils étaient remontés sur le navire. On y retrouve des insectes, des oiseaux, mais aussi des poissons, spécimens étudiés par Lesueur...Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition/public/multimedia/76889.jpg?itok=akZmLQnwAmphiprion ocellaris Cuvier, C.-A. Lesueur, 1830, 7.5x6cm
18162000Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition/public/multimedia/76170.jpg?itok=kv4m8EAwArgyropelecus aculeatus "Poisson inconnu, n°47, 34 degré de latitude Sud, 13 degré de long orientale", C.-A. Lesueur, 1800-1804, Aquarelle et encre sur papier bleuté, 9x10cm.

Lesueur retranscrit avec ferveur et précision le monde qui l’entoura, du Havre à l’Océanie en passant par le Etats-Unis et les Antilles (1816-1937).

L’illustration naturaliste est une expérience à la fois scientifique et artistique, une étude iconographique rigoureuse dans sa représentation et sensible dans son interprétation. Une curiosité sublimée, caractéristique d’une époque où fleurissent les sciences naturelles et la quête de vérité.

1000641Les envoûtantes méduses de LesueurLe Muséum du Havre conserve un ensemble de dessins et manuscrits de méduses, notamment par François Péron et Charles-Alexandre Lesueur.Les envoûtantes méduses de...Le Muséum du Havre conserve un ensemble de dessins et manuscrits de méduses, notamment par...Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition_portrait/public/multimedia/70060_0.jpg?itok=fyyeKXBCChrysaora hysoscella (Linné, 1766), C.-A. Lesueur, Aquarelle sur vélin
12892000Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition/public/multimedia/70051_0.jpg?itok=f26epngrCassiopea andromeda (Forsskal, 1775), C.-A. Lesueur, Aquarelle sur vélin
1000674Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition_portrait/public/multimedia/70054.jpg?itok=QG3R29RVRhizostoma octopus (Linné, 1788), côtes de la Manche, C.-A. Lesueur, Aquarelle sur vélin

Rédaction : Laurine Loisel

Remerciements à Gabrielle Baglione pour la relecture et la correction

A bientôt pour la suite de cette série !

Bibliographie

  • Autour du patrimoine havrais :

BONNEMAINS J. "Les artistes du Voyage de découvertes aux Terres Australes (1800-1804) : Charles Alexandre Lesueur et Nicolas-Martin petit", Le Havre, Bulletin de la Société géologique de Normandie et des amis du Muséum du Havre,t. 76, fasc. 1, 1er trimestre, 1989.

BAGLIONE G., CREMIERE C., Charles-Alexandre Lesueur : peinture voyageur, un trésor oublié, Conti, Paris, 2009.

BAGLIONE G., CREMIERE C., GOY J., SCHMITT S., Méduse - Jellyfish - Charles-Alexandre Lesueur, MkF, 2014.

  •  Sur l'illustration naturaliste :

PINAULT M., Le peintre et l'histoire naturelle, Paris, Flammarion, 1990

PINAULT-SORENSEN M., Dessiner la nature. Dessins et manuscrits des Bibliothèques de France XVII-XVIII-XIXe siècles, Catalogue de l'exposiiton, Paris, Fondation Electra.

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