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Illustrations naturalistes #2 Maria Sibylla Merian

08 mars 2019 

Le 08 mars est la journée internationale des droits des femmes ! Une belle occasion de revenir sur le parcours et l’œuvre exceptionnelle de Maria Sibylla Merian, illustratrice et naturaliste. Que ce soit dans sa demeure d’Amsterdam ou dans la jungle du Surinam, elle consacra tout son temps à sa passion : les insectes. Un sujet d’étude peu commun pour l’époque…

Bonne lecture !

Une histoire de famille

Maria Sibylla Merian est née le 2 avril 1647 à Francfort-sur-le-Main en actuelle Allemagne.  Elle est la fille de Matthaüs Merian l’Ancien, un graveur émérite. Après la mort de ce dernier, sa mère épouse en secondes noces Jacob Marrell, également artiste. Maria et ses deux frères, Matthaüs le Jeune et Caspar, sont initiés à la peinture, la gravure sur cuivre et l’eau-forte*. La petite fille évolue dans l’atelier familial où ses dons en dessin purent pleinement se développer. Il est probable que la jeune Maria soit influencée par la littérature qui circule dans l’atelier. Par un exemple, Matthaüs Merian publie les Historiae naturalis (histoires naturelles) de John Johnson en 1662. Notre artiste en herbe a alors 15 ans. Depuis sa plus tendre enfance, elle est passionnée par les insectes qu’elle observe et dessine. 

778574L'art de la nature En 1675, Merian fait paraître le Neues Blumenbuch (recueil des planches de fleurs). Par la suite, elle combinera les plantes avec les insectes (illustration du livre)L'art de la nature En 1675, Merian fait paraître le Neues Blumenbuch (recueil des planches de fleurs). Par la suite,...Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/sans_titre.jpgMaria Sibylla Merian, Neues Blumenbuch, editions Prestel Verlag, All. 2010
818546Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/sans_titre02.jpgMaria Sibylla Merian, Neues Blumenbuch, éditions Insel-Verlag, All., 1966

A 18 ans, elle épouse Johann Andreas Graff (1637-1701), un ancien élève de son beau-père. Elle met au monde deux filles, Dorothea et Johanna Helena, qui sont également initiées à l’art. La petite famille s’installe à Nuremberg où Merian poursuit l’étude des insectes. Toutefois, après 20 ans de vie commune, elle quitte son époux et se déclare veuve….alors que Johann est toujours en vie !  Elle rejoint ensuite une communauté labadiste en Frise avec ses filles. Il s’agit d’une communauté chrétienne créée par l’ex-jésuite Jean de Labadie.  A la dissolution de celle-ci, elle rejoint Amsterdam et devient préceptrice de Rachel Ruysh, fille de l’anatomiste Frederick Ruysh (1638-1731).

Entre 1584 et 1702, les actuels Pays-Bas connaissent un essor appelé « le siècle d’or néerlandais ». Cette région prédomine en Europe par son rayonnement commercial et culturel. D’ailleurs, entre 1620 et 1672, le XVIIème siècle est l’âge d’or de la peinture néerlandaise.  Merian a donc connu cet essor. C’est aussi à cette période que des savants s’intéressent aux insectes et aux mondes microscopiques. Citons par exemple Jan Swammerdam (1637-1680), qui étudie les insectes aux microscopes, ou encore Abraham Mignon (1639-1697), qui les peints.

850623L'art de la gravureLa gravure s'est développée en Europe du Nord au début du XVème siècle. L'art de la gravureLa gravure s'est développée en Europe du Nord au début du XVème siècle. Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/anna_maria_sibylla_merian_-_plate_lxxxv._from_erucarum_ortus_alimentum_et_paradoxa_metamorphosis_1679-1717.jpgAnna Maria Sibylla Merian — Erucarum Ortus Alimentum et Paradoxa Metamorphosis, planche LXXXV, (1679-1717)
1000756Merian utilisait parfois la gravure sur cuivre : l'encre se dépose dans les creux gravés et permet d'imprimer la plaque. Merian utilisait parfois la gravure sur cuivre : l'encre se dépose dans les creux gravés et...Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition_portrait/public/multimedia/800px-gravure_sur_cuivre_merian_metamorphosis_xlviii_1705.jpg?itok=Pi2awoyAAnna Maria Sibylla Merian, Metamorphosis insectorum Surinamensium, plaque XLVIII, gravure sur cuivre, 1705

Illustratrice de la métamorphose

Les travaux de Merian reposent avant tout sur l’observation des insectes. Elle est la première à découvrir par accident la métamorphose des vers à soie, vers 1660. Merian élève elle-même des insectes et expérimente grâce à l’élevage, ce qui lui permet d’observer non seulement en temps réel des animaux vivants, mais également de les étudier génération après génération. En scrutant les petites bêtes et leurs habitats, elle met à mal la théorie de la génération spontanée, décrite par Aristote, qui voulait que les insectes naissent d’un corps en décomposition. Elle décrit et illustre l’étonnante transformation des insectes (notamment du papillon), du stade larvaires jusqu’à l’imago (adulte).

794597La métamorphose du papillon La métamorphose du papillon Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/metamorphosis_of_a_butterfly_merrian_from_metamorphosis_insectorum_surinamensium_plate_xx1705.jpgMetamorphosis insectorum surinamensium, plaque XX, 1705

En cela, Merian met en place une véritable démarche scientifique, basée sur l’expérimentation et sur l’empirisme. La recherche empirique-qui s’appuie sur la constation de fait observés- se développe tout au long du siècle des Lumières. Elle en autre portée par de grands savants comme Isaac Newton (1642-1727) ou John Locke (1632-1704).  

1000798Au XVIIe, les métiers de l’Art ne sont pas totalement inaccessibles aux femmes, notamment ceux qui relève de l’artisanat. Au XVIIe, les métiers de l’Art ne sont pas totalement inaccessibles aux femmes, notamment ceux...Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition_portrait/public/multimedia/800px-merian_metamorphosis_planches_xxiii.jpg?itok=nUUK1wdrMaria Sibylla Merian, Metamorphosis insectorum surinamensium, planche XXIII
981800En revanche, la science est un domaine qui est réservé aux hommes.En revanche, la science est un domaine qui est réservé aux hommes.Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/anna_maria_sibylla_merian_portrait_in_color._de_jacobus_joubraken_vers_1700jpg.jpgPortrait de Anna Maria Sibylla Merian, Jacobus Joubraken vers 1700j

Merian garde toujours avec elle un carnet de recherches, dans lequel elle dessine et inscrit ses résultats.  De 1675 à 1677, elle publie les volumes de Neues Blumenbuch, un recueil d’illustration florale qui témoigne de son talent.  En 1679 finit de paraitre son  ouvrage  Der Raupen wunderbare Verwandlung und sonderbare Blumennahrun portant sur la transformation des chenilles européennes. Avec une précision jamais vue, elle décrit et illustre en détail les insectes, leurs milieux, et leurs stades de développement. La démarche scientifique se retrouve dans les illustrations : les petites bêtes sont représentées sur les plantes-hôtes. Merian souligne les relations plantes-insectes bien avant que le concept d’écosystème ne fasse son apparition. Avec ses contemporains (Insectorum sive minimorum animalium theatrum de Thomas Moffetet De insectis in methodum redactus de Jan Goedart, ou Historia insectorum generalis de Jan Swammerdam), Merian annonce également les prémices de l’entomologie.

D’Amsterdam au Surinam

Après son divorce, Merian s’installe avec ses deux filles à Amsterdam. Il faut imaginer une ville maritime extrêmement dynamique, plaque tournante du commerce et de la culture. Elle rencontre Nicolaes Witsen, bourgmestre (maire) d’Amsterdam et  directeur de la compagnie néerlandaise des Indes Orientales. Ce dernier  participe aux financements d’un voyage au Surinam, colonie néerlandaise d’Amérique.  Les observations qu’elle effectue sur des individus naturalisés ne la contentent guère !  En juin 1699, Merian jette l’ancre avec la volonté d’étudier les insectes du Surinam dans leurs environnements naturels. De ce fait, elle est l’une des premières à naviguer avec une vocation purement naturaliste.

500750Des specimens encore jamais vus en EuropeIllustration de reptiles (Caiman crocodilus et Anilius scytale)Des specimens encore jamais vus en...Illustration de reptiles (Caiman crocodilus et Anilius scytale)Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/illustration_of_a_caiman_crocodilus_and_an_anilius_scytale_1701-1705_by_maria_sibylla_merian_0.jpgAnna Maria Sibylla, Metamorphosis insectorum surinamensium, planche LXX
500416Tarentule (Avicularia avicularia) et fourmis sur une branche.Tarentule (Avicularia avicularia) et fourmis sur une branche.Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/guavenzweig_0.jpgMaria Sibylla Merian, Metamorphosis insectorum Surinamensium, Plate XVIII.

Le voyage, s’il est riche d’un point de vue intellectuel, ne se déroule pas au mieux. Merian ne reçoit pas l’aide escompté des colons. Elle explore la jungle seule avec sa fille Dorothea qui l’accompagne. Les deux femmes échangent beaucoup avec la population locale et les esclaves qui les aident et leur fournissent de précieux témoignages sur les espèces. Ses sujets d’études sont divers : les plantes, les reptiles et, oh surprise, les insectes ! Malheureusement, Merian tombe gravement malade. En 1701, elle rentre à Amsterdam, après avoir frôlé la mort au nom de sa passion. Elle rentre les poches remplies de dessins et d’informations, ramenant avec elle des observations précieuses sur des insectes et plantes alors jamais vue en Europe !

En 1705 parait son ouvrage majeur : Metamorphosis insectorum surinamensium (la métamorphose des insectes du Surinam). Le livre contient de grandes gravures dont certaines mises en couleur à la main. Publier un tel livre n’est pas sans risque car l’entreprise est fort couteuse. Merian rentre dans ses frais, mais ses travaux n’attirent que la curiosité des naturalistes et des collectionneurs qui lui sont toutefois très fidèles.

1000776 Une gravure sur cuivre de 1705. Une gravure sur cuivre de 1705.Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/styles/exposition_portrait/public/multimedia/merian_metamorphosis_vi.jpg?itok=XVOCWuhnMaria Sibylla Merian, Metamorphosis insectorum Surinamensium, plaque VI
500358Un "Meriananas"?Un "Meriananas"?Agrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/merianananas.jpgMaria Sibllya Merian, Metamorphosis insectorum Surinamensium, plaque I

Cette publication est sans précédent, de par le détail et la somptuosité des illustrations aux couleurs vibrantes, mais aussi pour les spécimens qu’elle y  présente. Cela pourrait vous étonner, mais l’ananas est cocasse pour un européen du XVIIe !

S’en suivent de nombreux ouvrages posthumes, publier par sa fille, dont Dissertatio de generatio et Histoire générale des insectes de Surinam et de toutes l’Europe en 1730.

Matrimonialisation

Maria Sibylla Merian est morte le 13 janvier 1717 à Amsterdam. L’héritage qu’elle laissa prit surtout de l’ampleur au XXème siècle. Son portrait fut imprimé sur les billets de 500 deutsche Mark qui était en vigueur en Allemagne jusqu’au passage à l’Euro. Son portrait figurait également sur deux timbres de 32 cents aux Etats-Unis en 1997 (série The Year of the Artist). Elle demeure l’une des premières femmes naturalistes au monde, et aujourd’hui, elle est bien reconnue comme telle.

6001280Billet de 500 Deutsche MarkBillet de 500 Deutsche MarkAgrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/1280px-500_dm_serie4_vorderseite.jpg500 DM, Deutsche Bundesbank, Francfort-sur-le-Main, Allemagne
270340Timbre de 32 cents avec des illustrations de MerianTimbre de 32 cents avec des illustrations de MerianAgrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/il_340x270_1312463812_r72b.jpgThe National Museum of Women in the Arts (Washington)

Sources et bibliographie

  • Bibliographie en français :

Lamt D., « MERIAN ANNA MARIA SIBYLLA - (1647-1717) », Encyclopædia Universalis. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/anna-maria-sibylla-merian/

Lelardoux Y.(textes et dessins), Maria Sibylla Merian, la mère de l’écologie, coll. Grands destins de femmes, Naïve, Paris, 2014

« Anna Maria Sibylla Merian » sur Wikipédia, un article assez bien documenté : https://fr.wikipedia.org/wiki/Anna_Maria_Sibylla_Merian

  • Ressources sur Gallica (BnF):

Fiche auteur : https://data.bnf.fr/11915660/maria_sibylla_merian/

Billet de blog : https://gallica.bnf.fr/blog/13012017/maria-sibylla-merian-femme-et-illustratrice

Les insectes du Surinam : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b2300244f/f2.item

  • Bibliographie en langue anglaise :

Thomas Stearn W., « Maria Sibylla Merian (1647-1717) as a botanical artist », Taxon, no 31,‎ 1982, p. 529-534 URL :

https://www.tela-botanica.org/wp-content/uploads/2018/12/Maria-Sibylla-Merian-1647-1717-as-a-botanical-artist.pdf

Tongiorgi Tomasi L,  "La femminil pazienza": Women Painters and Natural History in the Seventeenth and Early Eighteenth Centuries, Studies in the History of Art Vol. 69, Symposium Papers XLVI: The Art of Natural History: Illustrated Treatises and Botanical Paintings, 1400-1850 (2008), p. 158-185.

Etheridg K., F.J.M. Pieters, "Maria Sibylla Merian (1647-1717): Pioneering Naturalist, Artist, and Inspiration for Catesby." The Curious Mr. Catesby: A "Truly Ingenious" Naturalist Explores New Worlds. Eds. E. Charles Nelson and David Elliot. (Athens, GA: University of Georgia Press, 2015, p. 39-56.

Valiant S., « Maria Sibylla Merian : Recovering an Eighteenth Century Legend, Eighteenth Century Studies,The Johns Hopkins University Press American Society (ASEC) Vol. 26, No 3, 1993, p. 467-479

 

Article : Laurine Loisel

Correction et relecture : Alice Michonnet

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