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T'as de beaux yeux, tu sais ? #1

12 février 2014 

Les paons ont-ils leurs top-models ?
Les biches savent-elles distinguer un beau mâle ?
Bienvenue dans une nouvelle mini-série qui vous fera (peut-être) voir autrement la Saint Valentin !

Des cerfs, des paons et de la bogossitude

Depuis quelques semaines déjà, nous vous parlons de coopération entre espèces. D'entraide. De petites plantes, d'abeilles, de cellules ou d'organites de tous poils.

Mais la fête des amoureux arrive et, avec elle, une sorte de fièvre pré-printanière. Bientôt, les oiseaux vont se remettre à chanter, les bourgeons éclore, les insectes s'envoler... Bref, des milliers d'êtres vivants vont se préparer à avoir des bébés. Oui, mais certains vont avoir plus de travail que d'autres...

« C'est la beauté intérieure, qui compte ! », entend-on parfois. Dans le vivant, que nenni. Ou alors, pas seulement. Car, à l'instar de nos top models, de nos acteurs fétiches et de nos icônes de beauté, de nombreuses espèces ont leurs critères de séduction. Alors, qui sera jugé « beau gosse » et qui ne le sera pas ? Prenons quelques exemples : le cerf et le paon.

Chez les cerfs, les mâles adultes ont sur la tête d'immenses bois. Ils les perdent chaque année, entre l'hiver et le printemps ; puis ces bois repoussent. En automne, ils sont immenses !

Mais l'automne, c'est aussi la saison « des amours ». Lorsqu'ils ne regardent pas par la fenêtre, les grands cerfs se battent à coups de bois. Le gagnant devient irrésistible aux yeux des femelles, et parvient alors à faire beaucoup plus de bébés que le malheureux perdant.

Ainsi, parmi les cerfs comme chez d'autres animaux, certains ont des caractéristiques qui leur permettent d'être plus séduisants. Si un membre du sexe opposé passe alors par là et si, comble de la chance, c'est le moment d'avoir des petits, alors ils seront très convoités, travailleront beaucoup et feront beaucoup plus de petits que leurs copains dans les mêmes conditions. Et si ce qui les rend si beaux est quelque chose qui peut se transmettre à la génération suivante (contrairement, par exemple, à un flacon de parfum envoûtant, à une belle écharpe ou à une vaste culture générale), alors leurs bébés l'auront certainement. Cela les rendra donc un peu plus attirants que les autres, et ils auront aux-mêmes plus de petits que les autres. Les petits de ces petits auront ces mêmes caractéristiques, qui les rendront très attirants et qui leur permettront d'avoir plus de petits, qui...

Pourtant, le reste de l'année, ces bois sont plutôt encombrants ! Imaginez : entre un cerf aux grands bois solides et cerf pourvu d'à peine deux petits moignons, lequel échappe le plus facilement à un chasseur en allant se réfugier dans les bois touffus ? Probablement pas celui qui est le plus fort au combat rapproché l'automne venu. Ces caractéristiques, qui les rendent si beaux, attirants et sensuels sont souvent terriblement handicapantes le jour où arrive un prédateur affamé...

 

 

 

Regardez le paon, par exemple. Chez cet animal, les femelles aiment par dessus tout les mâles ayant la queue la plus touffue, la plus bleue et la plus grande. Cela a même été testé expérimentalement : certains chercheurs ont un jour coupé les plumes de la queue de certains paons pour les coller sur d'autres. Le résultat ne s'est pas fait attendre : ceux qui avaient subi le goudron et les plumes (des copains) avaient un succès fou, mais plus personne ne daignait approcher les malheureux à la queue sans plumes.

Et pourtant, c'étaient ces derniers qui pouvaient espérer vivre le plus longtemps. En effet, ici aussi, si un prédateur arrivait, le premier paon à finir en civet serait généralement le paon le plus encombré par sa lourde queue !

Cela peut expliquer une forme de « dimorphisme sexuel » (mot barbare pour dire que mesdames et messieurs n'aient pas la même allure). Pas toutes : les causes sont multiples et complexes, et nous doutons que vous ayez quatre heures devant vous pour que nous vous les expliquions toutes. Mais au-moins celles où, au sein d'une même espèce, un des deux sexes est tout terne et l'autre très coloré !

Parfois, il peut arriver que l'apparence d'un animal change avec son sexe. Même si femelles et mâles font bien partie de la même espèce, ils ne se ressemblent pas.

Mais, parmi eux, certains choisissent leurs amoureux. Et les autres se font choisir. Ou pas. Or, nous l'avons vu, de ceux qui se font choisir, ce sont les plus mignons qui font le plus de petits. Mais à l'inverse, de ceux qui choisissent, ce sont les plus invisibles qui ont le plus de chances d'avoir plein de petits : car, s'ils étaient très visibles, cela ne leur permettrait pas d'avoir plus de bébés (comme ce sont eux qui choisissent leurs amoureux, qu'ils soient séduisants ou non ne change pas grand chose) ; mais, au contraire, s'ils sont très peu visibles, alors les prédateurs ont moins de chances de les attraper pour les manger, et ces animaux vivent donc plus longtemps. Et ont donc plus de temps pour avoir plein plein de petits.

Ainsi, si ce qui les camoufle se transmet de génération en génération (contrairement à un treillis pour biche, par exemple), alors leurs bébés l'auront aussi. Et, comme ils vivront plus longtemps, eux aussi, ils laisseront plus de bébés que les autres, et cet aspect pourra même s'imposer ! C'est cela qui explique que, par exemple chez les canards colverts, les cerfs ou les paons, les dames soient généralement moins colorées que ces messieurs. "Généralement". Car, vous allez le voir tout au long de cette mini-série, les exceptions sont légion...

 

Attention : la "loi du plus mignon" (ou "sélection sexuelle", pour les intimes) fait bel et bien partie des cinq modalités de sélection naturelle !

Rappelez-vous : certains peuvent avoir plus de petits que d'autres par chance, ou parce-qu'ils sont...

- Plus forts (plus gros, plus grands, plus intelligents...) que les autres

- Moins visibles

- Plus sociables entre eux : ils s'entraident entre copains d'une même espèce

- Plus sociables au-delà de l'espèce : ils s'entraident avec d'autres êtres vivants

- Plus mignons !

Mais, mais... Tout cela reste très général. Vous allez voir, la « loi du plus mignon » réserve bien des surprises ! En attendant, le 14 février, ayez une pensée émue pour les cornes des cerfs ou les queues des paons.

 

Marie Fisler

 


Une petite vidéo pour en savoir plus

Quelques exemples de sélection sexuelle amusants (Enfin... pas pour tout le monde, vous allez voir !)

sciences de la vie - sélection naturelle - Bogosse - Sélection sexuelle

Par Marie Fisler le 21 Février 2014 à 10:06

Bonjour, et merci pour votre commentaire !

Il faut juste préciser une petite chose sur les cinq modalités de sélection naturelle proposées par Darwin. Et pour cela, il faut se replonger dans ce qu'est une théorie : une explication du monde basée sur l'observation. L'explication doit expliquer tous les faits observés et ne pas être contredite par des découvertes ultérieures. Par exemple, la théorie de l'évolution de Lamarck a été la théorie dominante durant de nombreuses années car elle expliquait beaucoup de choses. Mais on a ensuite découvert plusieurs faits (comment se forment les bébés, comment apparaissent les bactéries...) qui ont contredit les fondements même de sa théorie.
Là, il n'était même plus possible de mettre une rustine pour la réparer : c'est tout le principe de "tapis roulant évolutif" qui a été montré comme erroné (ou "réfuté" pour les intimes).

En ce qui concerne les cinq modalités de sélection naturelle envisagés par Darwin, il n'y a pour le moment aucun fait nouveau qui nous montrerait qu'elles ne seraient pas valables. En revanche, et Darwin le savait lui-même, il y a des nuances. On n'est jamais "strictement mignon", "absolument mimétique" ou "uniquement fait d'entraide".
En fait, il faut imaginer que ces modalités sont des manières par lesquelles un caractère peut apporter quelque chose de positif à son porteur. Mais un même caractère peut être très positif sur un point (les belles couleurs vives de certains animaux, qui les rendent attirants pour le sexe opposé) et très négatif sur un autre (ces mêmes couleurs qui les rendent très appétissants pour un prédateur). Sans aller à ces extrémités, il faut voir qu'un caractère apparaissant au hasard, il ne peut pas directement se "calquer" sur une de ces modalités. En revanche, ce sont bien elles qui se dégagent lorsque l'on regarde de nombreuses adaptations à grande échelle !
En vous souhaitant une bonne lecture pour la suite !
Marie

Par Xochipilli le 15 Février 2014 à 14:36

C'est intéressant, mais comme vous le soulignez à la fin, les explications évolutives telles que les imaginaient Darwin sont souvent un peu trop belles pour être vraies. J'ai écrit un billet tout récemment à ce sujet ici

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