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T'as de beaux yeux, tu sais ? #4

05 mars 2014 

Les chanteurs sont-ils les meilleurs séducteurs ?
Et la danse, ça compte ?
De petites bêtes pourraient-elles nous inspirer pour la chorégraphie de l'été ?
Un voyage plein de surprises vers le monde des danseurs les plus craquants !

Du karaoké au dancefloor

La semaine dernière, nous vous montrions quelques animaux qui, un peu comme nous, chantaient pour montrer qu'ils étaient les plus beaux, les plus forts et les plus séduisants. Et pourtant, nous ne vous avons parlé que d'une seule partie d'entre eux : celle des chanteurs qui ont une glotte, le nom donné à une partie de notre gorge. C'est d'ailleurs elle qui, chez nous, porte les cordes vocales.

Or, seuls les Rhipidistiens ont une glotte. Qu'est-ce que ce mot barbare ? Le nom donné au groupe qui rassemble les animaux à quatre pattes (mammifères, crocodiles, oiseaux, caméléons, lézards, grenouilles... et même les serpents, qui ont perdu leurs petites pattes durant l'évolution !) et leurs cousins les Dipneustes (de petites bêtes capables de respirer aussi bien sous l'eau que dans l'air!). Nous seuls avons une glotte. Sommes-nous pour autant les seuls animaux à faire du bruit pour séduire ?

En fait, d'autres animaux arrivent à faire du bruit. Simplement, ils ne le font pas avec leur gorge ni avec leur voix, mais avec d'autres organes. Par exemple, les cigales du Midi, les sauterelles, les grillons ou les éphippigères (des sortes de grosses sauterelles que l'on trouve plutôt dans le sud de la France). On dit que ces animaux « stridulent » : ils font vibrer leurs ailes. Mais pas les cigales, qui cymbalisent (tiens, nous revoilà dans les instruments de musique !). En effet, elles ne font pas du tout partie de la même famille d'insectes que les sauterelles, grillons ou éphippigères. Et elles ne font pas du tout du bruit de la même manière : nos cigales font vibrer leurs cymbales, des organes spécifiques de leur corps très différents des ailes.

 

Des sauterelles et grillons en tous genres

 

Une éphippigère (femelle : le petit "tuyau" derrière son corps lui sert à pondre ses oeufs).

 

Or, qui n'a pas entendu parler d'une cigale qui aurait chanté tout l'été ? Si cela lui a certainement été d'un grand intérêt au niveau du succès reproductif, la pauvre bête n'a pas pu amasser de réserves pour l'hiver. Et ce n'est pas « danser » qui lui permettra de manger. De manger, non. Mais de séduire de nouveau ?

Une cigale. Eh oui, ça ressemble à cela !

Car, chez de nombreux animaux, draguer passe aussi par la danse. Chez Homo sapiens le samedi soir, par exemple. Mais aussi chez une minuscule araignée aux grands yeux : Satis barbipes. On la trouve assez facilement sous nos climats. Elle fait partie de la famille des Salticidae, de petites araignées sauteuses. Tout comme les chats, les Salticidae bondissent sur leur proie pour la capturer. Leurs grands yeux leur donnent une excellente vue, à la fois en 3D et tout autour d'elles. Encore plus fort que les chats, et surtout très très rare pour un arthropode (insectes, mille-pattes, araignées, crabes, scorpions...) !

 Une petite Salticidae

 

Mais surtout, ces yeux permettent aux dames Salticidae de profiter pleinement de la petite chorégraphie que réalise pour elles leur cher et tendre. Et, dans ce domaine, Saitis barbipes fait office de champion !

Les araignées ont toutes quatre paires de pattes. Mais, chez les mâles de Saitis barbipes, la troisième paire de pattes est beaucoup plus grosse, plus sombre et plus poilue que les autres (on dirait que les Salticidae préfèrent les mâles pleins de poils !). Et ils s'en servent pour... danser ! Lorsqu'ils aperçoivent une femelle, ils s'en rapprochent doucement puis entament une sorte de « danse du sémaphore » avec leur troisième paire de pattes.

 

599563Monsieur SaitisEn train de danserMonsieur SaitisEn train de danserAgrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/saitis.barbipes.male_.jpg
599752Madame SaitisQui en est toute ébahieMadame SaitisQui en est toute ébahieAgrandir l'imagehttp://www.museum-lehavre.fr/sites/default/files/multimedia/saitis.barbipes.female.jpg

Ici, une vidéo (exceptionnelle) de la danse de Saitis barbipes !

Les autres Salticidae dansent elles aussi pour draguer, mais pas tout à fait de la même manière. Chez elles, en effet, c'est la première paire de pattes qui sert à captiver l'élue de leur cœur.

 

Certains insectes aussi vont danser pour séduire, même si cela est à nos yeux un peu moins impressionnant. Les lépismes, par exemple ! Ces petits insectes sans ailes, aussi appelés « poissons d'argent », sont d'inoffensives petites bêtes que vous avez sans doute déjà croisées dans votre salle de bain ou votre buanderie. Chez eux, la technique de séduction consiste à marcher avec leur dulcinée jusqu'à-ce que celle-ci rencontre le mécanisme secret mis au point par leur amoureux. Il s'agit de fils de soie sur lesquels sont posés de petits paquets contenant leurs spermatozoïdes.. Dès que madame lépisme touche un de ces fils de soie, elle cherche alors le petit paquet qui fera d'elle une maman. On raconte qu'il s'organiserait chaque année, autour du premier mai, le concours de celle qui trouvera le plus rapidement le paquet de spermatozoïdes de son cher et tendre. Cela s'appellerait le concours Lépisme. Mais aucune preuve n'en a jamais été rapportée...

 

 Un Lépisme

 

Mais en général, pour être sensible à la chorégraphie de son amoureux, il est préférable de le voir. Cela explique pourquoi les animaux à mauvaise vue sont en général de mauvais danseurs. Or, les mammifères et les oiseaux ont en revanche une excellente vue !

Parmi eux, les oiseaux paradisiers font figure de rock stars. La plupart de ces grands oiseaux (50cm environ), originaires de Nouvelle Guinée, aménagent même au sol leur petit dancefloor démontable. Attention, la piste est de taille : deux mètres de diamètre environ !

 

Un oiseau de Paradis (mâle)

 

Les autres, plus acrobates, préfèrent montrer leur chorégraphie directement sur les branches ou à même le sol. Les mouvements, extrêmement rapides et complexes, feraient pâlir n'importe quel danseur. Mais ces oiseaux font bien mieux : dépourvus de haut parleur pour diffuser de la musique, ils chantent eux-mêmes pour accompagner leur danse !

 

Mais regardez plutôt ici

Et ici

Ou ici

 

 

          Cependant, une espèce surpasse en la matière toutes les autres. Il s'agit d'un petit passereau d'une dizaine de centimètres de long, qui vit dans les forêts humides d'Amérique du Sud. Si les femelles sont de couleur kaki à jaune, le corps des mâles est tout noir et leur tête toute rouge. Et c'est à cause de la couleur de leurs pattes que l'on appelle ces oiseaux « Manakins à cuisses jaunes » en français.

 

Un Manakin mâle

 

Mais ce n'est pas pour leur joli plumage qu'ils sont les plus célèbres. Ce sont en fait de véritables champions de danse. Ce qu'aiment par dessus tout les femelles ? Les mâles à la danse la plus rapide et la plus habile. Et messieurs les manakins ne les déçoivent pas !

Celui-ci commence par une grande toilette

Celui-ci est un peu plus timide, mais il finit par s'y mettre...

Et une petite dernière (la danse commence vers 35 secondes) ...

Et vous, quelle est votre danse préférée ? Seriez-vous capable de reproduire la chorégraphie de l'une de ces petites bêtes ?

 

Marie Fisler

 

Les épisodes précédents :

T'as de beaux yeux, tu sais ?

#1 : Des cerfs, des paons et de la bogossitude

#2 : Les phalaropes, de drôles d'oiseaux ?

#3 : Soirée karaoké chez les bébêtes

Histoires d'interactions : L'enfer, c'est (pas toujours) les autres

#4 : Solanopteris brunei, la fougère et ses fourmis

#3 : Les Ophrys. Quand des orchidées séduisent des abeilles

#2 : Les mitochondries, des copines au coeur de nos cellules

#1 : Elysia chlorotica, une limace très brillante

sciences de la vie - Danse - sélection naturelle - Sélection sexuelle

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