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[Terres de paroles] Rencontre avec Allio & Weber

31 mars 2016 

Les 7, 8 et 9 avril, le duo Allio & Weber prend ses quartiers au Muséum dans le cadre du Festival Terres de paroles. Au programme, deux performances et une création in situ.
Pour le blog, nous avons questionné Patricia Allio et Eléonore Weber sur leur parcours, leurs inspirations et leur regard sur les performances présentées début avril au Havre.

5 questions à Allio & Weber

Comment devient-on auteur metteur en scène ? 

En France, à la différence du Royaume Uni par exemple, il n’y a pas à proprement parler de formation pour devenir auteur ou metteur en scène. Bien sûr, il existe quelques écoles, mais beaucoup ne sont pas passés par là. Souvent, ce sont d’ailleurs des acteurs qui deviennent metteurs en scène. Nous avons toutes les deux fait des études qui n’ont pas grand-chose à voir avec la pratique du théâtre (philosophie et sciences politiques) et avons commencé par un autre métier : l’une a été enseignante, l’autre assistante parlementaire. C’est par l’écriture que nous sommes arrivées à la scène. C’est à dire d’abord parce que nous avons eu le désir d’écrire des textes, désir qui s’est rapidement transformé en nécessité d’explorer l’écriture scénique.

 

Comment a eu lieu la rencontre Allio & Weber ?

Entre 2004 et 2007, nous avons présenté nos pièces respectives dans les mêmes lieux et festivals, notamment à Mettre en Scène au Théâtre National de Bretagne, à Rennes. Chacune avait vu le travail de l’autre. Nous avions des intérêts communs, et c’est finalement le désir d’utopie qui nous a rapprochées et conduites à nous engager dans la création commune par la suite.

 

Quelles sont vos sources d’inspirations ?

À l’origine de notre démarche, il y a un texte, Symptôme et Proposition, qui définit une approche globale de ce qui pouvait nous intéresser lorsque nous nous sommes associées. Nous avons eu une démarche souvent proche du documentaire en nous attachant à traiter de cas limites que nous avons considérés comme des inventions paradoxales. Nous nous sommes notamment beaucoup intéressées à la Caminata nocturna, jeu de rôle grandeur nature inventé par une communauté de migrants mexicains qui consiste à mettre en scène le passage illégal de la frontière et à proposer aux touristes d’endosser leur rôle d’illégal. Cela nous a inspiré une pièce et un film.

Depuis deux ans, nos questions tournent autour de la nécessité de mettre en crise un certain régime de visibilité, qu’on peut considérer comme obscène. Nous avons ainsi travaillé avec une actrice aveugle qui jouait le rôle de visiteuse du musée de la beauté naturelle (Natural Beauty Museum) et cette collaboration nous a inspiré des scènes et des dialogues qui interrogeaient cette question du visible et du regard. Dans ce même projet, nous avons exploré le lien intime et collectif que nous entretenons avec la destruction et le désir d’en voir les effets, notamment à partir d’images de catastrophes naturelles, ou encore d’images du chalet d’Hitler détruit, dont l’immense baie vitrée ouvre sur le spectacle grandiose de la nature. Intérêt qui se poursuit aujourd’hui dans un projet de film constitué d’images de guerre trouvées sur internet.

 

Les musées sont-ils des lieux propices pour la mise en scène de votre travail de recherche artistique ?

Dans la mesure où nos propositions sont souvent réflexives et mettent en question le regard que le spectateur porte sur les choses ou sur la proposition en train d’avoir lieu, le musée est pour nous un espace-temps intéressant à investir, car il est en soi déjà un dispositif de regard. Récemment, dans le cadre du Festival d’automne 2014, nous avons conçu une pièce, Natural Beauty Museum, sur la scène du Centre Pompidou. C’était l’hypothèse d’un musée sur scène, et il se trouve que c’était présenté dans un vrai musée. Nous avons effectué une résidence au Centre Pompidou de Metz et avons intégré dans le spectacle des éléments liés à ce temps de travail. On peut donc dire que la problématique muséale nous a inspirées. La conférence Le syndrome du paysage que nous allons présenter au museum du Havre est directement issue de cette création. C’est également le cas pour la performance Prim’Holstein, créée en 2012 dans le cadre d’une commande pour le Festival Hors Pistes au Centre Pompidou, où la question de l’exposition est au centre de la proposition, du moins dans sa forme.

 

Que raconte la performance Contre nature créée au Muséum du Havre ?

Nous avons choisi de proposer une expérience qui décalerait le regard habituel du visiteur. Il est courant de dire que l’approche scénographique des musées d’histoire naturelle obéit aujourd’hui à des critères scientifiques, par exemple dans la façon de considérer l’animal en taxidermie. Mais que recouvre cet idéal ? N’est-ce pas au nom de la science qu’un naturalisme raciste a été défendu et appliqué ensuite dans les musées ? D’une certaine manière, nous questionnons le lien entre les œuvres, les représentations et l’idéologie qui les sous-tend.

Au Muséum pendant Terres de paroles

Prim'Holstein // Jeudi 7 à 16h & vendredi 8 à 16h puis à 18h

Prim'Holstein s'appuie sur la description d'une performance qui a été imaginée mais qui n'a pu avoir lieu. Un texte projeté finit par impliquer les spectateurs dans un réseau de questionnements et propose un espace-temps de lecture collective. 

Le syndrome du paysage // Jeudi 7 avril à 19h

Cette conférence-performance pose l'hypothèse fantaisiste que l'architecture de nombreux musées, ouverte sur l'extérieur, favoriserait la contemplation des paysages au détriment des oeuvres !

Contre nature // Samedi 9 à 16h puis à 19h

Prolongement participatif et installation sonore, "La voix du musée" propose une contre-visite à travers la collection jusqu'à l'espace réservé aux enfants où elle organise des exercices pédagogiques détournés pour adultes. L'occasion de revisiter quelques présupposés du naturalisme ancien et contemporain.

 

Pass 3 performances - 10€/8€/6€ - Billetterie du Festival sur place

Réservations : www.terresdeparoles.com

Plus d'infos sur Allio & Weber : www.allio-weber.com

 


Article : Alice Michonnet

Propos recueillis par Pauline Jardin.

Sources photographiques : Allio & Weber

Allio Weber - Terre de Paroles - Festival Littéraire - Performance - Art et science

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