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Les Ghostnets du Muséum du Havre

Quand les filets fantômes deviennent œuvres d’art

Publié le 25 septembre 2026

DES FILETS DE PÊCHE QUI MENACENT LES OCÉANS

Les ghostnets, ou « filets fantômes », désignent des filets et chaluts abandonnés, perdus ou rejetés en mer par l’industrie de la pêche. Fabriqués à partir de matières synthétiques, ils se dégradent très lentement et peuvent représenter un véritable danger : ils flottent ou coulent pendant des années, piègent des animaux marins et se fragmentent en microplastiques.

Face à cette pollution, des artistes australiens donnent l’alerte et lancent l’idée d’offrir une seconde vie à ces déchets. Filets, cordes, lignes de pêche et objets collectés sur les plages deviennent ainsi des sculptures colorées, sensibles et engagées.

CRÉER POUR ALERTER

Depuis la fin des années 2000, plusieurs collectifs d’artistes autochtones et non autochtones transforment les déchets marins en œuvres d’art. Leur démarche est à la fois artistique, écologique et collective : les matériaux sont ramassés sur le littoral, triés puis assemblés lors d’ateliers réunissant artistes, familles et habitants.

Les spécificités culturelles de chacun et chacune sont pleinement respectées. Dans les cultures autochtones australiennes, les récits — mythiques, transmis au sein des clans ou hérités des ancêtres — sont au cœur de la création artistique et de la transmission. Ils appartiennent à des clans et leur partage est soumis à des règles : certaines versions sont publiques, d’autres réservées à des occasions spéciales. Ils racontent les actions des héros ancestraux et les liens totémiques entre les humains, les autres espèces et les territoires, reliant les générations et parcourant la terre, les océans et le ciel.

Ces créations donnent à voir la richesse de la faune marine, tout en rappelant sa fragilité. Elles invitent chacun et chacune à réfléchir aux conséquences de nos activités sur les océans. Cette pratique s’inscrit dans le principe autochtone du caring for country : prendre soin de son territoire et de tous les êtres qui y vivent. Les ghostnets portent ainsi un message d’espoir : ce qui menace aujourd’hui les océans peut aussi devenir un support de création, de dialogue et de transmission. Il nous rappelle que prendre soin du vivant, c’est aussi prendre soin des lieux qui nous entourent.

DE DÉCHETS À ŒUVRES D’ART

Chaque sculpture débute par le choix des matériaux, la sélection d’un sujet et la réalisation d’une structure, en métal, grillage ou bambou. Les artistes y fixent ensuite des fragments de filets, des cordes ou des fibres cousues et tressées.

Ils s’inspirent ou réactivent des savoir-faire anciens ou introduits à l’époque coloniale comme la couture, le crochet, le tressage ou la vannerie. Certaines œuvres demandent de longues heures de travail, notamment lorsque les cordes doivent être défaites puis cousues afin de créer la texture d’un animal.

Au-delà de ces savoir-faire, dans les cultures des peuples autochtones d’Australie, les histoires transmettent les savoirs et inspirent l’art. Elles racontent les mythes, la vie des clans et les ancêtres, ainsi que les liens entre les humains, les animaux et les territoires.

Ces récits appartiennent aux clans : certains peuvent être partagés, tandis que d’autres, plus sacrés, sont réservés à des moments particuliers. Ils dessinent un réseau de liens qui traverse les terres, les océans et le ciel.

En collectant et en triant les déchets ensemble, artistes et familles créent ainsi des œuvres tout en partageant leurs histoires et leurs savoirs.

LES GHOSTNETS DU MUSÉUM

Dans l’escalier monumental du Muséum, une installation réunit des squelettes de cétacés et des œuvres contemporaines. Elle fait dialoguer la Manche et le Pacifique, les sciences naturelles et les expressions artistiques, à l’image du Muséum, lieu de rencontre entre savoir et création. 

Des œuvres en ghostnets représentant des dauphins, des frégates, des poissons, des hippocampes ou des méduses évoquent la diversité des espèces marines, les liens que les populations entretiennent avec leur environnement et la nécessité de protéger les écosystèmes.

Elles témoignent également des liens entre les territoires, les animaux et les communautés qui vivent au contact de la mer. En transformant les filets fantômes en créations artistiques, les artistes rendent visible une pollution souvent dissimulée sous la surface de l’eau.

PAPIK, LE FILET FANTÔME : UN OUTIL DE MÉDIATION ACCESSIBLE À TOUS

Lancé en 2026, Papik, le filet fantôme est un livre et coffret de médiation unique pour découvrir l’art des ghostnets et sensibiliser aux pollutions plastiques qui menacent les milieux marins. 

À travers les aventures de Papik, ce dispositif accessible propose un livre tactile illustré en braille et en gros caractères, des récits sonores immersifs, des œuvres d’art océaniennes et des accessoires à manipuler.

Le Muséum du Havre dispose d’un exemplaire utilisé lors de temps de médiation, il permet ainsi à tous les publics, y compris les personnes en situation de handicap visuel, d’explorer autrement les enjeux environnementaux et artistiques liés aux filets fantômes.

Papik a été initié et commandité par OSPAPIK, avec le soutien du Conseil européen de la recherche, puis édité par Les Doigts Qui Rêvent, en collaboration avec le Muséum d’histoire naturelle du Havre

EN SAVOIR PLUS SUR Baybaru, le dauphin en ghostnet

Pour la première fois dans l’histoire des ghostnets, un dauphin est représenté à l’aide de fils et de filets de pêche.